Cengiz Ünder, symbole d’un football turc en mutation

11
mars
2018

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Catégorie : Europe

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Quarante minutes de jouées au Metalist Stadion de Kharkiv, Edin Džeko lance Cengiz Ünder sur le côté droit de la surface. La frappe quelque peu maladroite du jeune attaquant est freinée par le gardien du Shaktar Donestk mais finie tout de même dans les filets adverses malgré un ultime retour de Serhiy Kryvtsov. Ce but vient concrétiser les bons débuts de l’espoir turc sous le maillot romain en Serie A. Le monde du football commence à s’émerveiller du travail de Cengiz Ünder. S’il cristallise tous les espoirs du football turc, il n’est en vérité que la partie émergée d’un projet de refonte du système de formation en Turquie.

Le fleuron d’Izmir

La ville portuaire turque qui borde la mer Égée a su se reconstruire suite au terrible incendie qui a embrasé la ville en 1922. Aujourd’hui elle est une cité moderne aux allures occidentales qui a vu Seyit Mehmet Özkan grandir. Cet industriel a pris les rennes de Bucaspor en 2007 avec l’ambition de former la nouvelle génération de footballeurs turcs. Pour cela il fonde l’académie de football du club et déploie une stratégie de scouting à l’échelle régionale. Un des scouts du club est envoyé à Sindirgi dans la province Balikesir. Il y découvre un enfant dont les prédisposition pour le football l’intéresse fortement. Le président de Bucaspor met tout en œuvre pour ramener l’heureux élu dans la cité portuaire. Cengiz Ünder débarque alors à l’âge de dix ans à Izmir, une ville qui va l’aider à grandir et mûrir.

Le projet sportif suit son développement et voit même le club rejoindre la première division de football turque lors de la saison 2010/11. Cependant suite à un imbroglio Seyit Mehmet Özkan poursuit le club en justice. Cet événement marque la rupture entre le club d’Izmir et son président. Cependant l’enfant d’Égée ne souhaite pas s’arrêter à cette expérience et décide de relancer son projet dans le club d’Altinordu FK. Déclarant que «  même si Lionel Messi me proposait gratuitement ses services, je n’en voudrais pas » (1), Seyit Mehmet Özkan indique clairement sa ligne de conduite. Concrètement « notre objectif est d’avoir une équipe issue du centre de formation qui participera à la Super Lig d’ici la saison 2019-2020 » (2). Et il voit encore plus loin pour son projet qui revêt des allures basquaises : « Nous aimerions avoir une équipe, qui dépend entièrement de la formation, en compétition européenne d’ici 2023-2024, exporter nos joueurs à l’étranger et fournir l’équipe nationale » (2). Altinordu est actuellement en seconde division et certains joueurs issus de son centre de formation commencent déjà à percer au plus niveau européen et à côtoyer l’équipe nationale (ou les équipes nationales jeunes), en atteste Cengiz Ünder.

 

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L’intégration comme priorité

Lors de sa prise de fonction à Altinordu Seyit Mehmet Özkan embarque avec lui Cengiz Ünder, son protégé, qu’il compte bien voir éclore au niveau professionnel. Le joyau turc parfait sa formation dans un club qui investi massivement dans sa cellule de formation. Le club crée un environnement qui permet de mettre dans des conditions optimales ses jeunes pousses. Une stratégie qui est essentielle aujourd’hui dans le football moderne tant « les mauvaises relocations ont longtemps été la norme, comme quand Chelsea a engagé le cosmopolite Ruud Gullit en 1996 et l’a laissé croupir dans un hôtel de l’affreuse cité-dortoir de Slough » (3). Dans un contexte où les joueurs arrivent très jeunes, la réussite de leur intégration est primordial afin qu’ils puissent exprimer au mieux leurs qualités. De plus l’intégration est un facteur important pour les clubs européen de nos jours.

Après deux saisons sous le maillot des Kırmızı Şeytanlar (trad : les diables rouges), Cengiz Ünder commence à attirer les regards des clubs turcs de première division. Si à tout juste 17 ans les plus grands clubs nationaux lui font les yeux doux, la tendance fait que ces clubs n’alignent que très rarement de jeunes joueurs tout au long de la saison. Ainsi le joyau d’Izmir va opter pour un compromis, rejoindre la capitale tout en ayant une place de titulaire garantie afin de continuer son apprentissage du milieu professionnel. Il quitte son cocon d’Altinordu et s’engage avec le club d’İstanbul Başakşehir. Le club stambouliote, à la réputation chaleureuse vis à vis du régime de Recep Tayyip Erdoğan, permet à Cengiz Ünder de se mettre en valeur. L’ascension va être très rapide pour le jeune ailier qui, après seulement une première saison encourageante en Süper Lig, va déjà céder aux sirènes européennes.

 

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L’AS Roma n’en est pas à son coup d’essai en pariant sur Cengiz Ünder. En effet son transfert au club de la louve rappelle le cas d’un autre grand espoir turc qui était arrivé sous forme de prêt de Fenerbahce lors du mercato estival de 2014. Salih Uçan ne s’y imposera jamais, il est aujourd’hui prêté au club helvète du FC Sion. S’il faisait également parti du processus de formation établi par Seyit Mehmet Özkan à Bucaspor. Son intégration en Italie a été cependant un échec. Cengiz Ünder met quant à lui tout les chances de son côté comme en atteste cette anecdote : « Murat Ozguven [son traducteur] est venu et m’a dit que Totti aimerait avoir une conversation en tête-à-tête avec moi une fois que je me serais installé et appris l’italien. Je lui (ndlr :à Francesco Totti) ai dit que je voulais être à la hauteur de la renommée du club et être aimé par les fans comme il a pu l’être. Totti m’a alors dit: «J’ai foi en toi, sinon tu ne serais pas là » » (4).

 


Qui est Ömer Koray Uzun ?

Si l’agent turc a déjà un réseau national bien implanté, son influence sur le marché européen commence nettement à grandir. Co-fondateur de l’agence Footalent avec Batur Altıparmak et Gültekin Onay, son carnet de joueurs turcs évoluant dans le championnat domestique et plus particulièrement dans l’équipe d’Altinordu FK est impressionnant. En effet représentant pas moins d’une quinzaine de joueurs de l’effectif du club d’Izmir, Ömer Koray Uzun semble être le premier supporter du projet orchestré par Seyit Mehmet Özkan. Les aspirations du club d’Izmir et de l’agence Footalent sont d’ailleurs sensiblement les mêmes. Leur étroite collaboration au service du football turc, mirage ou réelle ambition ? Malgré l’échec du transfert de Salih Uçan, Footalent a choisi Cengiz Ünder comme figure de proue. Autant dire qu’un nouvel échec pour le jeune attaquant en terre romaine mettrait sans doute un coup d’arrêt au nouveau projet de développement pour le football turc.

 


Sources

(1) La stratégie de la priorité nationale, Miguel Tasso – La Libre Belgique, le 08.03.2017

(2) Game changer: how Altinordu aim to dominate Turkish football with homegrown players, Emre Sarigul – The Guardian, le 12.10.2017

(3) Les Attaquants les plus chers ne sont pas ceux qui marquent le plus, Simon Kuper & Stefan Szymanski

(4) Roma’s Cengiz Under : ‘I like to prove people wrong. I’ve been doing it since I was 10’, Emre Sarigul – The Guardian, le 22.11.2017

Credits photo : twitter officiel de Cengiz Ünder

Auteur : Leo Dellier

La passion a débuté au stade Léon Bollée, elle demeure intacte aujourd'hui.

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