Ce qui les rapproche

25
février
2018

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Catégorie : Ligue 1

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Capitale contre province, nord contre sud, Nike contre Adidas, ville embourgeoisée contre ville populaire. Les raisons d’opposer Marseille et Paris étaient déjà nombreuses avant que Bernard Tapie ne vienne exacerber la rivalité entre le PSG et l’OM. Aseptisée par l’écart sportif qui s’est creusé entre les deux clubs depuis 2012, cette rivalité à la dent dure. Pourtant, PSG et OM présentent bien des points communs dans le paysage du football français.

Rayonnement européen et animosité nationale

Au-delà des singularités de leurs villes, parisiens et marseillais se démarquent des autres clubs français de par leurs histoires européennes respectives durant les années 90.  Ce sont en effet les deux seules équipes à avoir remporté une coupe d’Europe. La regrettée « Coupe des coupes » pour le PSG et la prestigieuse Ligue des champions pour l’OM. A ces deux trophées il faut ajouter des parcours solides dans les compétitions européennes. Entre 1991 et 1997, le Paris SG parvient à se hisser successivement en demi-finale de la Ligue des Champions après une « remontada » mémorable face au Real Madrid puis en demi-finale de la « Coupe des coupes » avant de la remporter en 1996. Le club de la capitale parviendra également à disputer la finale de cette même compétition l’année suivante, sans succès. De leur côté, les marseillais ont joué deux fois les demi-finales de la Ligue des Champions puis disputé et perdu une finale avant de remporter la coupe aux grandes oreilles en 1993. Des parcours européens uniques dans l’hexagone qui confèrent une place forte et un certain prestige aux deux clubs rivaux. Aucun autre club français n’aura réussi à faire mieux malgré les bons résultats ponctuels de Lyon, Monaco, Nantes ou Bordeaux.

Ce lustre européen a permis aux parisiens et marseillais de glaner des supporters partout en France. Un phénomène d’une telle ampleur qu’il conduit les clubs accueillant le PSG ou l’OM à interdire aux spectateurs présents au stade de porter une tenue présentant un signe distinctif faisant référence au prestigieux adversaire du jour. Si les deux clubs sont si appréciés, ils sont aussi particulièrement détestés. A en croire les slogans raffinées qui descendent des tribunes locales lorsque le PSG ou l’OM se déplacent, parisiens et marseillais ont tous deux un rectum de taille équivalente et particulièrement large. En somme, chaque équipe de Ligue 1 attend impatiemment de recevoir l’un des deux rivaux et rêve de lui infliger la défaite la plus sévère possible. C’est encore plus vrai depuis que le Paris SG est devenu intouchable après son passage sous giron qatari. Une victoire face à l’ogre parisien n’en est que plus prestigieuse. L’OM, encore trop inconstant pour aborder tous ses déplacements nationaux sans pression, devient alors une proie davantage prisée. Bref, où qu’ils aillent, parisiens et marseillais sont à battre, à abattre, à humilier.

Fort sentiment d’appartenance

Le PSG et l’OM génèrent des sentiments forts chez les passionnés de football, qu’il s’agisse d’affection ou d’animosité. Au-delà de leurs historiques respectifs, ceci s’explique aussi par le puissant sentiment d’appartenance que les deux clubs parviennent à créer chez leurs supporters. Le psychologue Abraham Maslow est à l’origine d’une théorie visant à hiérarchiser les besoins des individus. Il estime ainsi que lorsqu’un être humain a satisfait ses besoins physiologiques (appelés aussi besoin de survie) et de sécurité, il ressent un besoin d’appartenance. Celui-ci peut s’expliquer comme étant la nécessité d’appartenir à un groupe conférant un statut social permettant à un individu d’exprimer une part de sa personnalité et de partager ses centres d’intérêts.

Le PSG et l’OM parviennent pleinement à satisfaire ce besoin, plus que n’importe quel autre club français. Tous deux rassemblent un public assez large et diversifié autour de leurs valeurs. Au-delà de leur passion pour le football, les supporters des deux camps s’identifient à chacune des deux équipes pour des marqueurs forts de leurs identités. Il est par exemple inenvisageable de supporter l’OM sans que le caractère populaire et rebelle de la ville ne vous évoque rien. Idem côté PSG. La « fan base » parisienne a toujours constitué un brassage entre un public plutôt huppé, qui s’intéresse au PSG à travers le caractère luxueux et branché de la capitale, et des supporters plus modestes issus des banlieues pour qui le club représente des symboles forts. Supporter l’un des deux clubs revêt alors des valeurs particulières propres à chacune des deux institutions et forgent ce sentiment d’appartenance. Ce n’est pas un hasard si les survêtements Rouge & Bleu et Ciel & blanc dominent le marché du sporstwear ! Dans chaque pays européens, seuls quelques clubs représentent des valeurs si prégnantes et à même de fédérer les supporters. En France, ce sont l’OM et le PSG qui remplissent ce rôle, comme le Bayern Munich et le Borussia Dortmund peuvent le faire en Allemagne, ou la Juventus et le Napoli en Italie.

Ingérables

Autre particularité commune aux deux écuries, elles ont été, sont et seront toujours ingérables. Avant l’arrivée de QSI, le PSG oscillait entre saisons convenables et flirts avec la relégation ponctués par quelques matchs de gala et des parcours convaincants en coupes nationales. L’OM connaissait pareilles fluctuations jusqu’à il y encore quelques mois et il est trop tôt pour considérer que ses performances sont désormais régulières. Les deux clubs ont donc tiré les traits de nombreux présidents et épuisé pléthore de joueurs et entraîneurs, même les plus talentueux. Et même si les deux rivaux ne boxent plus dans la même catégorie, c’est encore le cas.

La saison dernière fut éprouvante pour les parisiens qui, en plus de perdre le titre de champion au profit de l’AS Monaco, ont dû subir l’humiliation de la « remontada » infligée par le Barça. Un épisode fâcheux pour les ambitions européennes du club qui a contraint Nasser Al-Khelaïfi a tout bousculer en recrutant un nouveau directeur sportif et à casser sa tirelire pour attirer Neymar, Mbappé et Dani Alves. A vrai dire, c’est presque un classique du PSG version qatari. Al-Khelaïfi déclare au printemps, après la traditionnelle élimination en ¼ de finale de Ligue des Champions, qu’il est impératif de tout changer pour nourrir les ambitions parisiennes et chamboule tout l’été suivant. C’était déjà le cas pour l’éviction de Blanc au profit d’Emery notamment.

L’OM n’est pas en reste. Pire, ses déboires prennent parfois -souvent- des proportions dramatiques. Ces dernières années sous la houlette de Margarita Louis-Dreyfus, les dirigeants marseillais ont été incapables de bâtir un secteur sportif compétitif tenant compte de contraintes financières. Les recrutements hasardeux se sont multipliés, condamnant l’OM à une impuissance chronique propice à des humiliations indignes de son rang. Le fameux « 0 points en Ligue des Champions » en est l’apogée. Il faut également y ajouter l’incapacité des phocéens à gagner le moindre « gros » match de championnat depuis 5 ans et des éliminations prématurées dans la plupart des compétitions. A l’OM, il faut aussi faire avec l’instabilité, même quand les choses vont bien. Si les résultats sont aujourd’hui globalement satisfaisants, l’OM était à deux doigts d’exploser l’été dernier après un mercato mitigé et deux défaites humiliantes. Le tout moins d’un an après le rachat par Franck Mc Court et le lancement de l’OM Champion Project. A Marseille, on ne laisse rien passer depuis les tribunes.

Le « classique » du championnat de France oppose finalement deux rivaux qui, sous certains aspects, se ressemblent. Même si des points communs rapprochent les deux clubs, la rivalité demeure tenace et ce ne sont pas des amis qui s’affronteront dimanche sur la pelouse du Parc. Le PSG, pour qui tout est devenu facile sur le plan national grâce aux investissements massifs de QSI, aura à cœur d’assoir sa domination historique sur le « classique ». L’OM, pour qui tout doit être obtenu de haute lutte malgré les investissements de Franck Mc Court, voudra prouver que son état d’esprit combatif lui permet encore de tenir son rang. C’est aujourd’hui ce qu’il reste de l’inimité entre PSG et OM. Et, dans un camp comme dans l’autre, ce n’est pas rien.

Auteur : Pierre Foucault

Le cœur noyé dans la sueur de Mamadou Niang, c'est enivré par la douceur d'Andrea Pirlo, bercé au jeu à la nantaise et fasciné par le couloir d'Highbury que j'ai commencé à flirter avec le foot.

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