Bundesliga : À l’Est, rien de nouveau

08
janvier
2014

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Catégorie : Europe

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Alors que les quatre clubs allemands engagés en Ligue des Champions se sont tous qualifiés pour les huitièmes de finale, prouvant la bonne santé du «meilleur championnat du monde», il subsiste une part d’ombre : la pauvreté économique et sportive du football Est-Allemand. 

Petit événement l’année dernière : le Herta Berlin remonte en Bundesliga, un an après l’avoir quittée. À nouveau, l’Allemagne de l’Est a un représentant en Première Division. Sauf que non en fait, le Herta Berlin étant le club historique de Berlin-Ouest. La moitié d’un pays ne possède donc pas de représentants, malgré ses 16 millions d’habitants ? Effectivement, et ce depuis 2009 et la relégation de l’Energie Cottbus. Ils se cachent sûrement dans les autres divisions, les bougres.

À peine en réalité. Sur les 56 clubs professionnels que compte l’Allemagne, seulement 9 sont de l’ancienne partie du “rideau de fer”. 4 en Bundesliga 2 (la deuxième division) : le FC Erzgebirge Aue, le SG Dynamo Dresde, l’Union Berlin et l’Energie Cottbus, et 5 en 3. Liga (la… Vous avez compris.), composée du Chemnitzer FC, du Red Bull Leipzig, de l’Hansa Rostock, du Hallescher FC et du FC Rot-Weiss Erfurt.

Un constat qui paraît surprenant pour un pays aussi loué. Après tout, si la France possède des équipes professionnelles en Normandie ou en Bourgogne, rien ne devrait être si difficile de l’autre côté du Rhin. Mais les clubs Est-Allemands font face à de nombreuses difficultés.

Des clubs boycottés par la Bundesliga dès la réunification

Déjà historiquement, le décor est planté. Lors de la fusion des Championnats Est et Ouest-allemands pour la saison 1991-1992, seuls deux clubs issus du bloc soviétique sont admis : le Hansa Rostock (club qui a accueilli en son sein le mythique Marcus Allbäck quand même) et le Dynamo Dresde, pour avoir fini en tête de la défunte “Oberliga”. Quid des 12 formations restantes ? Relégués dans les limbes des divisions inférieures. Cette situation a causé un exode des joueurs vers l’Ouest. Dès décembre 1989, le milieu Andreas Thom ouvrait même la voie en quittant le Dynamo Berlin pour le Bayer Leverkusen.

Depuis, seuls quatre clubs de l’ex-RDA ont connu l’élite. Dresde et le Hansa donc, mais également l’Energie Cottbus et le VFB Leipzig, et encore ce dernier a disparu pour cause de faillite en 2004… Parmi eux, seul le Hansa Rostock a fait (un peu) sensation en se classant au 6e rang de la Bundesliga par deux fois, en 95-96 et 97-98. Une situation désastreuse, dû à la chute du régime communiste de RDA. Avant la réunification, les clubs de sports appartenaient aux associations sportives des différents secteurs d’activité, rien de nouveau jusque là, sauf qu’eux-mêmes étaient détenus directement par l’Etat.

Et à partir de 1949, les différentes équipes ont été renommées selon le secteur qui les représentaient. Ce qui a donné des noms qui sentent bon l’Europe de l’Est et la rigidité russe, comme le Dynamo Dresde (géré par la sécurité), le Hallescher FC Chemie (Chimie et pas cheminots), le Lokomotive Leipzig et l’Energie Cottbus (nul besoin d’expliquer). C’est d’ailleurs pour cette raison que le Dynamo Berlin, pourtant vainqueur du Championnat d’Allemagne de l’Est de 1979 à 1988, a sombré dans les divisions amateurs, puisque le club était protégé (et avantagé ? ) par la Stasi, la police secrète est-allemande.

Mais la chute du Mur et la réunification des deux Allemagnes a lâché ces clubs en plein capitalisme, bouleversant leur mode de fonctionnement et de financement, et qui peinent depuis à retrouver ce dernier. Pour couronner le tout, les survivants de l’Est font plus souvent parler d’eux pour les débordements de leurs supporters, voire les injures racistes, que pour leurs performances. le Dynamo Dresde, huit fois champion de RDA, a été exclu cette saison de la Coupe d’Allemagne en raisons des incidents provoqués par ses fans l’année dernière. Un côté sportif bien triste, guère rattrapé par la question financière.

«Permettre au football est-allemand d’être compétitif»

Le football Est-Allemand est en crise, avec aucun club en Bundesliga depuis 2009, et une situation économique et sportive qui ne cesse de s'enfoncer.C’est donc un cri d’alarme qu’a lancé au début de la saison 2013/2014 le président du petit club Hallescher FC, Michael Schädlich, évoquant la disette financière dans cette partie de l’Allemagne. «Il s’agit de permettre au football est-allemand d’être compétitif au moins en deuxième division, en l’aidant structurellement» a expliqué Michael Schädlich, dans un entretien au quotidien Die Welt. «A l’Est, les entreprises n’ont tout simplement pas la même force de sponsoring qu’à l’Ouest, que ce soit dans le domaine du sport, de la culture ou de l’écologie» renchérit le président du club de Saxe-Anhalt, qui peut s’appuyer sur les exemples de Wolfsburg, sponsorisé par le premier constructeur européen : Wolskwagen, ou le Bayer Leverkusen, futur adversaire du PSG en Ligue des Champions, qui bénéficie des laboratoires Bayer…  Mais aucune grande entreprise n’a son siège à l’Est où l’activité économique, marquée par les 40 ans de communisme, demeure plus faible qu’à l’Ouest avec un taux de chômage plus élevé (10,3% contre 6,8% en 2012).

Seule exception : le Red Bull Leipzig, qui vient d’entrer dans l’univers professionnel en accédant cette saison à la troisième division, et dont la ville a été la seule à accueillir des matches de la Coupe du Monde 2006 dans un stade flambant neuf. La société autrichienne de boisson énergétique Red Bull, déjà propriétaire d’une équipe à Salzbourg (Autriche) et à New York, assure entièrement son financement depuis sa création en 2009 et ambitionne d’en faire un nom prestigieux du football allemand, avec une future accession parmi l’élite. «On voit que lorsqu’une grosse entreprise investit à long terme et quand on met en place des structures raisonnables (…), le succès est possible», a souligné M. Schädlich, qui a donc lancé l’idée d’aides financières pour le football à l’Est, sur le modèle des transferts colossaux effectués par les régions occidentales vers les celles déshéritées de l’ex-RDA depuis la réunification. Une initiative qui rappelle également le “Solidarpakt”, un fonds de 156 milliards d’euros que l’Allemagne a débloqué pour les Landër de l’Est entre 2005 et 2019.

Mais la Fédération allemande (DFB) a immédiatement opposé une fin de non-recevoir à ce projet, via son directeur, Ulf Schott. «Je ne peux pas accepter cette argumentation. On doit se poser la question suivante : où commence-t-on, où arrête-t-on ? Si l’on suit M. Schädlich, ne devrait-on pas également débloquer des aides de développement en Sarre ou dans le Schleswig-Holstein [des Länder de l’Ouest]?». Pourtant, des idées commencent à germer, et la perspective de cette aide au football de l’Est a déjà obtenu le soutien de Bernd Riexinger, le président de Die Linke (parti de la gauche radicale) qui soutient que «l‘argent des droits télé et de la publicité devrait être réparti plus justement». 

Une politique juste pour un football qui a donné à la Bundesliga Matthias Sammer (Dynamo Dresde), Michael Ballack (Chemnitzer FC), ou plus récemment le très talentueux Toni Kroos (Hansa Rostock). Et qui peut encore en donner d’autres.

Auteur : Christophe.C GARNIER

Passionné de foot et spécialement fan de tout ce qui se fait outre-Manche depuis 10 ans.

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