Bruce Grobbelaar : Le mythe Red

26
mai
2018

Auteur :

Catégorie : Europe

Bruce-Grobbelaar

Quintuple vainqueur de la C1, le Liverpool FC s’apprête à affronter le Real Madrid, recordman de victoires et double tenant du titre, en finale de la Ligue des Champions ce samedi à Kiev. Si le titre de champion d’Angleterre fuit les Reds depuis bientôt trente ans, le club de la Mersey vit une histoire particulière avec l’Europe, parsemée de matchs et de joueurs légendaires. Bruce Grobbelaar est un de ceux-là. Fort de quatorze années et 628 matchs disputés sous le maillot rouge, le gardien zimbabwéen reste à jamais une icône du club. Personnage attachant, gardien de grande qualité aux frasques sportives et extra sportives incessantes, il a laissé une trace indélébile dans l’histoire des compétitions européennes grâce notamment à une séance de tirs au but surréaliste en finale de C1 1984 restée dans toutes les mémoires des amateurs de ballon rond.

Les anglais ont inventé le football et ne l’ont sans doute jamais pratiqué comme les autres. En effet, de George Best à Eric Cantona, en passant par Paul Gascoigne ou Vinnie Jones, le football britannique a toujours enrichi la légende du sport roi grâce à des joueurs hors norme à la personnalité bien trempée. Sans doute car outre-manche, folie rime avec génie. Né en Afrique du Sud, Bruce Grobbelaar fut de 1981 à 1994 le fantasque dernier rempart des Reds de Liverpool, club avec lequel il remportera six titres de Champion d’Angleterre, trois coupes d’Angleterre et coupes de la Ligue, et une Coupe d’Europe des Clubs Champions en 1984. Resté dans les mémoires pour ses nombreuses facéties et son style inimitable, Grobbelaar n’était pas qu’un simple showman, c’était avant tout un grand gardien de but. Ses points forts ? Une grande agilité similaire à celle d’un gymnaste et un mental d’acier. Gardien souple à la détente phénoménale, il était capable de réflexes, claquettes et sorties aériennes incroyables. Doté d’un sens de l’anticipation hors du commun et d’une décontraction à toute épreuve, il était capable de boxer le ballon pour éloigner le danger à la manière d’un Lev Yachine mais aussi de sortir sans trembler dans les pieds des attaquants adverses et bloquer des tirs à bout portant. Joueur au fort caractère, il ne se privait pas pour enguirlander ses coéquipiers au besoin, ce qui a laissé quelques scènes inoubliables dans la postérité comme lorsqu’il s’en prit à Jim Beglin lors de la finale de FA Cup en 1986 ou au jeune Steve Mc Manaman quelques années plus tard. Mais au delà de ça, il remportera surtout bien plus de titres que tous ses contemporains, et concurrencera fortement son prédécesseur Ray Clemence pour une place dans le onze de tous les temps du Liverpool FC.

Comme évoqué en préambule, le gardien zimbabwéen a écrit sa légende lors de la finale de C1 de 1984 face à l’AS Rome remportée aux tirs aux buts. Lors de la séance fatidique au Stadio Olimpico, deux scènes sorties de l’imagination de Grobbelaar sont en effet restées célèbres. Lors du tir de Bruno Conti tout d’abord, il s’avance vers le but en souriant aux photographes et en faisant mine de manger les filets tels des spaghettis. Le tir de l’ailier italien passe au-dessus de la barre. Puis face à Francesco Graziani, il fit vaciller ses jambes tel un homme ivre, ce qui déstabilisa certainement le tireur romain qui manqua lui aussi son tir au but. Ce soir-là, Liverpool s’adjugeait sa quatrième Coupe aux grandes oreilles et Bruce Grobbelaar devenait le premier joueur africain à remporter un tel trophée. Jamais avare d’un fou rire, il est revenu de nombreuses fois sur cette séance de penaltys surréaliste : “Je me suis dit qu’on était à Rome, où les spaghettis sont le plat national, donc j’ai fait les spaghetti legs” répète-t-il encore aujourd’hui. L’histoire est plus tragique pour l’AS Roma, devenu le premier club à perdre une finale de Coupe d’Europe à domicile. Depuis, les Galliorossi n’ont plus jamais disputé de finale européenne tandis que leur capitaine de l’époque, Agostino di Bartolomei, ne s’en est jamais remis. Il s’est même suicidé dix ans jour pour jour après cette finale perdue.

« Certaines personnes pensent que le football est une question de vie ou de mort. Je trouve ça choquant. Je peux vous assurer que c’est bien plus important que cela. » dira un jour le légendaire manager écossais Bill Shankly, véritable architecte du Liverpool FC. Célèbre pour les deux drames que ses supporters ont traversé dans les années 1980 – le drame du Heysel en finale de coupe d’Europe face à la Juve de Michel Platini (qui causa la mort de 39 supporters), et la tragédie de Hillsborough qui a engendré la mort de 96 supporters – le club du nord-ouest de l’Angleterre est un mythe, une grande famille que les tragédies et les épopées légendaires ont soudé à jamais. Pourtant, avec Bruce Grobbelaar, le football n’était que joie, exploits et fantaisie. Au sujet de son comportement excentrique, il a souvent répété qu’après avoir pris part à une guerre civile au Zimbabwe, le football ne devait selon lui pas être pris autant au sérieux. Par ses nombreuses facéties, le mythique gardien des Reds a façonné à sa manière la légende du club de la Mersey dans les années 80 et sans doute inspiré des générations entières de gardiens de but, ce poste si particulier qui fait appel aux qualités physiques mais surtout mentales des portiers. International zimbabwéen à 32 reprises, le parcours du gardien moustachu sous le maillot des Reds illustre à merveille le club aux cinq C1. Entre tragédie et magie. Car Liverpool ne sera jamais un club comme les autres. Poussé par la ferveur de tout un peuple, ce club semble habité d’une aura mystique au moment de conquérir les sommets européens. S’il connut une fin de carrière pénible, entachée d’affaires de corruption, le génie et l’imagination de Bruce Grobbelaar l’ont élevé au rang de mythe. Il est en somme comme le Liver bird, cet oiseau mythique, symbole de la ville, mi-cormoran et mi-aigle qu’on trouve au sommet des deux tours du Royal Liver Building sur les quais de Liverpool : son passage sous le maillot des Reds est bercé de légendes populaires.

En 2005, lors de la non moins légendaire finale de C1 à Istanbul face à l’AC Milan, le gardien polonais Jerzy Dudek avouera s’être inspiré de Grobbelaar, sur les conseils de son coéquipier Jamie Carragher. Décisif en prolongation face à Shevchenko lors d’une double parade où il sembla habité par la grâce, puis s’agitant sans relâche sur sa ligne de but afin de déconcentrer les tireurs milanais lors de la séance des tirs au but, il sera un des grands artisans de la cinquième C1 du club liverpuldien. Ce samedi sur la pelouse du Stade de Kiev, dans ce remake de la finale de C1 de 1981 et face à l’intouchable Real de Zinedine Zidane, charge à Sadio Mané, Mohamed Salah et leurs partenaires de se montrer dignes de leur illustres prédécesseurs, afin de perpétuer l’aura du club de la Mersey dans la compétition reine du Vieux Continent.

 

Bruce-Grobbelaar

Crédits Photos : OldFootballPicture

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Europe

Plus dans Europe
Benevento
Le football Benevento-tal

Totalement inconnu en début de saison, Benevento aura marqué le foot européen cette saison et l’histoire du Calcio de par...

antonio-conte
Chelsea : silence on coule !

Champion d'Angleterre la saison dernière, les Blues vivent un exercice 2017/2018 très compliqué. Le mois de mars cataclysmique a été révélateur...

Pele-OM-gardiens
OM : Quand les gardiens ratent le quart

A la mi-temps de la double confrontation contre Leipzig en ¼ de finale de la ligue Europa, l’OM est en...

Fermer