Brésil 1982, la Samba inachevée

04
juin
2018

Auteur :

Catégorie : Am. Sud / Coupe du Monde 2018

SOCRATES

Dans la série commencée avec Luis Suarez, puis Andrès Escobar APP revient sur les héros maudits de la Coupe du Monde. Restons en Amérique du Sud avec Le Brésil de 1982, qui restera dans les annales, malgré un échec trop précoce, au regard de la valeur des “auriverdes”.

Ils étaient les meilleurs, beaucoup de spécialistes vous le diront, les meilleurs de cette coupe du monde 1982 organisée en Espagne, mais aussi les meilleurs depuis l’équipe mythique de 1970, celle du 4-1 contre l’Italie, de la tête de Pelé, du but final du latéral Carlos Alberto sur passe « aveugle » (sans tourner la tête ni cinéma Ronald(in)esque) du maître, le Brésil rêvé, les frappes de mule de Rivelino, les 4 numéros 10 (dans leur club, Pelé, Rivélino, Gerson, Clodoaldo évoluaient en meneurs de jeu), les déboulés de Paulo Cezar, les buts de Jairzinho…

Le désert post-Mexico 70

Ce Brésil qui s’était perdu dans les seventies pour avoir voulu jouer contre nature, avoir privilégié le physique, le jeu dur, au détriment de son inspiration légendaire (en 1974 les matches contre l’Ecosse ou Les Pays-bas (0-2) furent marqués par des « attentats » indignes), mais aussi parce que la génération suivante n’était pas du même calibre.

Bien que proches des premières places (4ème en 1974, 3ème en 1978), les auriverde se demandaient s’ils allaient rester « tricampeo » (victoires en 58, 32, 70) et quand une 4ème étoile allait être cousue sur leur cœur…

Le retour de la Samba

C’est alors que Télé Santana, un sélectionneur adepte du football « samba » fut nommé en 1980, et avec lui allaient émerger des joueurs dignes de leurs prédécesseurs de 70, les Zico (le « Pelé blanc »), déjà présent en 1978, Socratès (le « docteur »), Falcao, Junior…, que des techniciens parlant une même langue, celle d’un football créatif, porté vers l’offensive, désireux de gagner avec au moins un but de plus que l’adversaire, quitte à délaisser son arrière défense pour cela.

Arrivés en terre ibérique avec le statut d‘éternels favoris, les sud-américains se trouvaient dans un groupe à leur portée, seule l’URSS (Russie) pouvait les mettre en difficulté, au contraire de l’Ecosse, vieillissante ou la Nouvelle-Zélande, néophyte à ce niveau.

Lors du premier match contre les soviétiques, malgré une erreur initiale du gardien Valdir Perez qui relâchait le tir de Bal dans sa cage, les équipiers de Zico allaient montrer un échantillon de leur talent en fin de match, grâce à un but de Socratès après 2 feintes, puis par Eder, le gaucher qui jonglait avant de crucifier Dassaev, le gardien titulaire du Spartak de Moscou.

Cette entrée en matière délicate fut suivie de 2 festivals offensifs au cours desquels les artistes s’en donnèrent à cœur joie, à l’image de Zico qui trouva par 3 fois le chemin des filets, dont un coup franc pleine lucarne et un « ciseau latéral », imité par Falcao et Eder, ce dernier qui s’était illustré par la force au premier match, et qui feinta tout son monde (le gardien écossais surtout !) en piquant son ballon pour un lob adressé depuis l’entrée de la surface, là où chacun attendait une « mine ».

Facilement qualifiés avec 3 victoires et 10 buts marqués, les brésiliens devaient alors terminer en tête d’un groupe de 3 nations pour accéder aux demi-finales, une formule inédite qui ne survivra pas à cette édition espagnole.

Le sort leur avait cependant promis le « groupe de la mort » avec les ennemis argentins (et un certain Diego Maradona, dont c’était la première participation), mais également l’Italie, sauvée in-extremis dans son groupe avec Le Cameroun, le Perou et la Pologne, au bénéfice du nombre de buts marqués (2 contre 1 aux africains) malgré 3 matches nuls concédés.

Alors que l’on s’attendait à une opposition serrée contre l’Argentine, tenante du titre, ce match allait être une promenade de santé pour les hommes de Santana, Zico y allant de son pion habituel après un nouveau missile lancé par Eder sur la transversale, Junior et Serginho, le musculeux attaquant de Sao Paulo terminant 2 superbes actions collectives pour affirmer la victoire des jaunes et verts, malgré la réduction du score de Ramon Diaz en fin de match.

Le duo Maradona-Kempès fit long feu, à l’image du « pétage de câble » du « Pibe de Oro », qui essuya ses crampons sur l’abdomen du brésilien Batista, une sortie peu glorieuse pour le prodige de Lanus, il se rattrapera 4 ans plus tard…

La revanche de Mexico et le retour du banni

Chacun voyait déjà les « tricampeo » en demie, et ça n’était pas cette poussive squadra azzura qui allait les en empêcher, malgré son succès contre des argentins dépassés (2-1).

Disposant d’un meilleur goal-average, un nul suffirait aux auriverde, mais il était impensable de voir ces artistes jouer le 0-0, leur ADN n’étant pas compatible avec pareil calcul.

Le 5 Juillet 1982, donc, au stade Estadide Sarria, à Barcelone, on se préparait à une même issue que la finale de 1970, Dino Zoff, le quadragénaire capitaine transalpin, avait même été témoin de ce match, sur le banc il avait souffert pour son « ami » titulaire, Albertosi. Mais à trop idéaliser le jeu des « canarinhos », on avait oublié qu’ils trainaient quelques failles défensives, à l’image de leur gardien Valdir Peres, peu charismatique, ou la charnière Luizinho-Oscar, trop de fois livrée à elle-même, lorsque Junior et Leandro partaient à l’abordage sur leurs ailes.

Ainsi, à la surprise générale, les européens ouvraient la marque dès la 5ème minute par le revenant Paolo Rossi, suspendu 18 mois en raison de paris clandestins, qui faisait son grand retour et retrouvait son instinct de buteur sur un centre de Cabrini, Junior ayant pu admirer le superbe numéro 20 inscrit sur le dos de celui dont il avait le marquage !

Menés au score, les équipiers de Zico allaient vite revenir par le « Docteur » Socratès (il avait fait des études de médecine) après une superbe ouverture de son capitaine, on jouait depuis 12 minutes.

Peu après, comme souvent, l’arrière garde brésilienne voulu repartir de derrière, faire tourner, à l’image de Cerezo qui fit ce que tous les Jean-Michel Larqué interdisaient, LA passe au centre, celle dont l’interception vaut but la plupart du temps, Rossi, en embuscade interceptait et allait tromper Peres.

Tandis que Serginho vendangeait comme en Septembre dans les meilleurs domaines vinicoles varois, on commençait à se demander si l’incroyable allait arriver. Plus de 60 minutes s’étaient écoulées et le grand Dino tenait toujours bon dans ses cages. Roberto Falcao, le futur romain, décidait alors de prendre les choses en main et, à la suite d’un crochet intérieur, adressait une frappe du gauche qui faisait mouche (2-2).

Allait-on avoir finalement ce fameux nul qualificatif pour le dernier carré ? c’était oublier que ce jour-là, les Dieux avaient changé de camp, ils soutenaient l’ex-banni, dont on pensait que le sélectionneur Bearzot avait eu tort de rappeler, tant il manquait de rythme, incapable d’exister au preier tour face à des camerounais inexpérimentés  et aux vieillissants polonais.

A la 75ème cependant, en bon renard des surfaces, le natif de Toscano reprenait victorieusement une frappe ratée suite à un corner de Conte, Valdir Peres était resté scotché sur sa ligne et Junior avait oublié de monter pour mettre hors jeu le transalpin, 3-2, le score n’évoluera plus.

Le Brésil restera donc à quai, avant même les ½ finales, cette équipe que l’on pensait invincible, a pourtant perdu le match capital contre des italiens qui deviendront champions du monde (victoire contre la RFA 3-1) pour la 3ème fois, égalant le record des sud américains…

Le renouveau auriverde devra attendre 12 longues années pour se concrétiser, mais, malgré le succès final (contre l’Italie, aux tirs au but), Dunga et ses équipiers de 1994 ne surpasseront jamais la renommée des artistes de 1982, des perdants oui, mais des perdants magnifiques…

Auteur : Gilmon

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Am. Sud

Plus dans Am. Sud, Coupe du Monde 2018
ColombievsArgentina1993
Andres Escobar, un “csc” mortel…

Dans la série commencée avec Luis Suarez, APP revient sur les héros maudits de la Coupe du Monde. Restons en...

Luis_Suarez
Luis Suarez : ange ou demon (ou super footballeur)

C'est bien connu, le proverbe "on ne peut pas plaire à tout le monde" signifie ... qu'on ne peut pas...

stade-geoffroy-guichard
Souvenirs de Mondial : un été 98 à Geoffroy-Guichard

C’est avec la coupe du monde 1998 qu’est née l’expression « être un footix », désignant des personnes ayant commencé à s’intéresser...

Fermer