Bouba Kamara : Comme un symbole

20
novembre
2018

Auteur :

Catégorie : Ligue 1

Bouba-Kamara-Illustration

Aussi talentueux qu’insouciant, Boubacar Kamara est une des rares satisfactions du début de saison olympien. Humble et travailleur, le jeune défenseur central n’en finit plus de prendre de l’épaisseur sous la tunique de l’Olympique de Marseille. Minot de la cité phocéenne viscéralement attaché au maillot blanc, irréprochable en terme d’investissement, le jeune international U20 a pourtant fait les frais de la récente réorganisation tactique de Rudi Garcia. La gestion des hommes du coach marseillais peut surprendre, notamment avec les jeunes éléments de l’effectif. Mais c’est aussi la preuve que la route du succès est encore longue pour le jeune « Bouba », que le public du Vélodrome a d’ores et déjà érigé en symbole de l’avenir olympien. Reste à savoir de quoi celui-ci sera fait.

Après avoir pris une réelle importance dans le groupe marseillais en fin de saison dernière lors de l’épopée en Ligue Europa, le jeune défenseur central de formation a confirmé tous les espoirs placés en lui lors de ces trois premiers mois de compétition, au point d’être la sensation de l’été olympien en défense en lieu et place du vice-champion du monde croate Duje Caleta-Car, arrivé sur la Canebière pour une vingtaine de millions d’Euros. Face à Toulouse en ouverture de la saison de Ligue 1, Bouba Kamara a régalé le public du Vélodrome d’interventions tranchantes, d’anticipations salvatrices et d’une qualité dans la relance peu communes pour son âge. Ce jour là, le minot est définitivement apparu comme étant bien plus qu’une simple promesse à son poste. Finaliste de la Coupe Gambardella avec l’OM en 2017, Bouba est un enfant de Marseille, à l’amour inné pour le maillot blanc. « L’OM, c’est dans le sang. » concède-t-il, avant de renchérir « Ma famille est passionnée par ce club. Mon père et ma mère sont abonnés aux Yankees depuis plus de 20 ans. Tout petit, alors que j’avais encore ma sucette, j’allais au stade avec mes parents. ». Gueule d’ange, talent fou et amour du maillot chevillé au corps, le jeune garçon a tout pour devenir le symbole de la jeunesse marseillaise triomphante dans les années à venir.

« Mon père est toujours dans le virage pour m’encourager. »

Aux yeux du public, même si son association avec Adil Rami paraît moins lisse qu’avec Luiz Gustavo et que l’OM est actuellement l’une des pires défenses de l’hexagone, le minot d’origine franco-sénégalaise a en effet tout pour devenir le symbole de l’OM Champions Project qui se dessine. Cette nouvelle ère dans laquelle s’engage le club marseillais axée sur la formation et l’éclosion de jeunes talents. Cependant, comme évoqué en préambule, le récent retour de Kamara sur le banc lors des matchs face à la Lazio et Dijon ne témoigne t-il pas de la difficulté pour les jeunes à s’immiscer durablement dans le onze de Rudi Garcia ? Si Kamara est apparu plus en difficulté face à la ruse des Laziali au Vélodrome et à la vitesse de MBappe lors du « Clasico », on garde en mémoire le peu de confiance accordée à Maxime Lopez en début de saison ou encore l’intégration totalement ratée des deux jeunes recrues estivales Caletar-Car et Radonjic. Les résultats décevants de ces derniers mois ont certainement fait prendre du retard à ce que Franck McCourt appelle « la phase 2 » du projet marseillais, à savoir enrichir l’effectif de jeunes en devenir. La gestion de ceux-ci par Rudi Garcia interroge fortement et alimente la chronique. Plus inquiétant encore, la crainte de voir le talent de Kamara s’envoler vers d’autres cieux devient palpable voire bien réelle. Il se murmure même que d’influents agents gravitant autour du club phocéen disposent d’ores et déjà de mandats pour monnayer le potentiel du jeune défenseur en cas de manque à gagner provoqué par une non-qualification à la prochaine Ligue des Champions. Quand on connaît les difficultés qu’a rencontré le board olympien à faire signer au jeune homme son premier contrat professionnel, la faute à un entourage gourmand et omniprésent, les inquiétudes ne sont pas infondées. L’OM Champions Project semble donc déjà à la croisée des chemins. Terminer sur le podium de la Ligue 1 est un impératif tout aussi idéologique qu’économique.

L’Olympique de Marseille vit une histoire particulière avec ses jeunes. Si la légende veut qu’historiquement, seules les « vedettes » s’expriment dans le club provençal, celui-ci doit sa survie au début des années 80 à la célèbre génération des minots emmenée entre autres par Éric Di Meco, José Anigo et Jean-Charles De Bono. À l’heure où le projet de l’américain Franck McCourt connaît une phase de doute et de stagnation, il serait bon de voir la jeunesse olympienne, incarnée par Boubacar Kamara et Maxime Lopez, insuffler à l’escouade de Rudi Garcia la force de rebondir après cette spirale de résultats moribonds.

Fils de la cité phocéenne,  l’auteur Jean-Claude Izzo écrivait : « Je suis né à Marseille. De père italien et de mère espagnole. D’un de ces croisements dont la ville a le secret. Naître à Marseille n’est jamais un hasard. ». Bouba Kamara est un de ceux-là. Héritier des valeurs olympiennes, il porte au bout de ses crampons les aspirations de tout un peuple et symbolise les rêves d’ascension de tout un club. Dans ces temps troubles, le peuple marseillais, meurtri et endeuillé par les tragiques événements de la Rue d’Aubagne survenus début novembre, cherche un peu de réconfort à travers l’OM, son échappatoire. Or, le manque de résultats se fait cruellement sentir et l’avenir paraît parfois sombre comme une nuit d’orage à Callelongue. L’OM serait ainsi bien inspiré de composer avec l’état d’esprit de ses minots, avec ce célèbre esprit de révolte né de la fierté qui caractérise les enfants de Marseille.

Remerciements à Alexis (@Olympien25alex) pour l’illustration

 

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Ligue 1

Plus dans Ligue 1
Eyraud-McCourt-OM
L’OM condamné à perdre contre le PSG ?

Dimanche soir, comme à pareille époque, la montagne a accouché d’une souris et, malgré les tentatives médiatiques pour faire passer...

psg-om
Que représente le Classique en 2018 ?

L'affrontement entre l'OM et le PSG continue d'être un rendez-vous incontournable de notre championnat. Au-delà de deux clubs qui s'opposent,...

Yeso-Amalfi
Yeso Amalfi : De Nice à l’OM, les facéties du génie carioca

Nichées au bord de la Méditerranée, Nice et Marseille sont deux villes que tout oppose. Pourtant, de Charly Loubet à...

Fermer