Bordeaux – OM : vestiges d’une rivalité

19
novembre
2017

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Catégorie : Ligue 1

bordeaux-om

Girondins et Olympiens s’affrontent dimanche soir dans ce qui est un classique du championnat de France. Les deux clubs se sont en effet rencontrés à 131 reprises toutes compétitions confondues depuis 1937. Au-delà de la fréquence de leurs oppositions, les deux clubs sont surtout connus pour leur rivalité féroce des années 80. Une décennie durant laquelle les Marine et Blanc du président Claude Bez ont connu leur apogée. Il aura fallu l’émergence d’un OM ambitieux, sous l’impulsion de Bernard Tapie, pour mettre fin à l’hégémonie bordelaise. De quoi électriser les confrontations entre les deux clubs sur et en dehors du terrain. Seulement, depuis les violentes passes d’armes entre Bez et Tapie, la rivalité entre les deux clubs s’est peu à peu éteinte. Pourtant, il reste quelques bonnes raisons aux bordelais et marseillais de se détester.

Au tapis

Les deux clubs ont connu pareil destin au début des années 90, se voyant imposer un passage en deuxième division. Les Girondins sont rétrogradés en 1991 en raison d’un déficit record de 45 millions d’euros, résultat de la gestion tumultueuse de Claude Bez. Sur la Canebière, c’est l’affaire de corruption OM-VA qui sonnera le glas de la domination marseillaise sur la France du foot, en 1994. Tous deux parviendront à retrouver l’élite rapidement. Il faudra une saison aux bordelais et deux aux marseillais pour remonter en première division.

Dès lors, marseillais et bordelais auront des parcours similaires, malheureusement. Jamais ils ne parviendront à retrouveront leur lustre d’antan. Tous deux sont pourtant parvenus à renouer avec l’Europe en obtenant la 4eme place de Ligue 1. En 1997 pour les bordelais, en 1998 pour les olympiens. La saison suivante, les deux clubs la luttent pour le titre et l’on croit voir renaître la rivalité entre Bordeaux-Marseille. Il n’en sera rien. Tous deux se feront des sueurs froides en frôlant la relégation, sportive cette fois, en 2000 et 2001 pour l’OM et en 2005 pour Bordeaux. Ironie du sort, c’est d’ailleurs face à l’OM (3-3) que les Girondins ont obtenu le point du maintien cette année là. Ils se retrouveront, encore, à la lutte pour le titre à la fin des années 2000, lors desquelles ils retrouveront tour à tour la Ligue des Champions. Bordeaux remporte le titre en 2009 de haute avec l’OM et les marseillais seront champions l’année suivante. Ensuite, tous deux traversent le début des années 2000 de façon chaotique, proposant chacun des performances et prestations indignes de leurs histoires respectives.

Depuis leurs déboires extra sportifs du début des années 90, marseillais et bordelais n’ont jamais obtenu de résultats pérennes. Ni l’un ni l’autre n’est parvenu à retrouver son rang et à s’installer parmi les meilleurs clubs français. Dans l’ombre d’un Olympique Lyonnais en pleine croissance, les deux clubs n’ont donc jamais pu retrouver leur rivalité sportive et ont obtenu des résultats quasiment identiques. Pourtant, il s’agirait d’être capable, pour l’un comme l’autre, de montrer à son rival des années 90 qu’il a mieux digéré sa rétrogradation, qu’il a su retrouver son rang, qu’il a su se réinventer et renouer avec son glorieux passé, et renvoyer son vieil ennemi à son état végétatif du moment.

Paris Sud

Ajoutons qu’aujourd’hui, Bordeaux a quelque chose de parisien. Il suffit de passer par la station de métro Châtelet pour s’en convaincre. Les appels à rejoindre la belle endormie sont nombreux sur les panneaux publicitaires qui ornent les nombreuses artères de la station. Il faut dire que les parisiens ne se font pas prier pour envahir les bords de la Garonne, histoire de goûter aux plaisirs d’une grande ville moins hystérique ou d’y établir une résidence secondaire. Récemment, Bordeaux a même été désigné comme la ville la plus attractive pour les salariés parisiens en quête de mobilité géographique.

L’axe Paris-Bordeaux a, de toute façon, toujours bien fonctionné. Le printemps 1999 l’a rappelé amèrement aux supporters marseillais. Marseille et Bordeaux sont à la lutte pour le titre lors de la 34ème et dernière journée. L’OM, qui se déplace à Nantes, compte un point de retard sur les Girondins, en déplacement à Paris. A quelques secondes du coup de sifflet final, Marseille mène 1-0 face à des canaris bien dociles, sûrement soucieux d’hypothéquer les chances de titre de leur rival aquitain, alors que Bordeaux est tenu en échec par le PSG, 2-2. Le titre est alors promis aux Olympiens lorsque la défense parisienne offre un but sur plateau à Pascal Feindouno, l’attaquant bordelais. Les Girondins sont champions et c’est tout Bordeaux qui crie « Merci Paris ».

Alors que la LGV n’existait pas encore, les bordelais n’ont pas hésité longtemps avant d’envoyer Pedro Miguel Pauleta vers la capitale en échange de 11 millions d’euros, durant l’été 2003. Pour les marseillais, l’arrivée de l’Aigle des Açores est synonyme de disette. Lors des confrontations contre le PSG, l’OM enchaînera une série de  8 défaites consécutives et Pauleta multipliera les prestations de haut vol, humiliant Fabien Barthez à plusieurs reprises. Des prestations qu’on regarde du coin de l’œil à Bordeaux mais dont ont s’enorgueillit volontiers, trop heureux de voir un ancien Marine et Blanc punir les marseillais. Depuis quelques années, les bordelais ont d’ailleurs confirmé leur proximité avec les parisiens, acceptant volontiers de prendre quelques fessées face au PSG (2-6 et 0-3 sur les deux dernières confrontations) mais n’oubliant jamais de mouiller le maillot contre l’OM. De quoi réveiller l’orgueil des marseillais.

Frustration

C’est peut-être le terme qui convient le mieux aux confrontations entre Bordeaux et Marseille. Il y a d’abord une frustration partagée : celle de n’avoir jamais retrouvé le panache, le prestige et le succès qui ont marqué les années 80-90 des deux clubs. Ensuite, tous deux ont développé une frustration « personnelle ». Les Marseillais s’étant trouvé un ennemi plus emblématique durant les années Tapie, avec le PSG, Bordeaux s’est retrouvé dans l’ombre de cette rivalité. Il y a bien un duel local – mais gentillet – avec Toulouse, et un derby de l’atlantique, à mi-chemin entre rivalité historique et géographie, mais rien qui ne soit l’équivalent de l’aversion envers l’OM. Et surtout, rien qui ne fasse oublier la récente inimitié entre Marseille et Paris, qui recouvre même des fondements extra footballistiques. Preuve de cette fristration, les supporters Marine et Blanc n’oublient pas de rappeler, quelques semaines avant chaque match, que Bordeaux-Marseille est le seul classique qui vaille à leurs yeux.

Côté marseillais, la frustration des confrontations face à Bordeaux est bien connue : l’OM n’a plus gagné à Bordeaux depuis 1977 ! Une éternité dans le monde du ballon rond. Depuis la dernière victoire de Marseille en terre girondine, la France a connu 6 présidents de la République. Le Mur de Berlin s’est écroulé. Sept épisodes de Star Wars sont sortis au cinéma. Les Rolling Stones ont produit 10 albums. Citroën a eu le temps de lancer la BX et d’en stopper la production. Deux Bush se sont assis dans le bureau et les Etats-Unis ont élu un président noir. L’invincibilité territoriale des bordelais face à l’OM est telle que les marseillais sont presque résignés quant à leurs chances de revoir un jour leur équipe s’imposer en Gironde. Pourtant, qui connait, même de loin, la sociologie marseillaise sait que la résignation ne fait pas partie du vocabulaire local. Les bordelais, de leur côté, tiennent à cette invincibilité comme en témoigne la hargne avec laquelle Anthony Modeste a égalisé face à l’OM, en toute fin de match, lors de la saison 2009/2010, lorsque que ce record a vacillé. Cette statistique est aujourd’hui l’empreinte la plus visible, la plus prégnante, de ce qu’il reste de la rivalité virulente des années 80.

Par le passé, les Girondins, l’OM et le championnat de France ont été marqués par les confrontations entre Bordeaux et Marseille. Néanmoins, il y a bien longtemps que ces matchs ont perdu de leur intensité et de leur intérêt. En cause, des performances sportives décevantes et une nouvelle rivalité entre Marseille et PSG. Pourtant, les deux équipes auraient tout à gagner à faire de leur ancien rival une proie de premier choix. D’abord pour prouver à l’autre qu’il a su préserver son éclat des années 80-90 et surtout pour remettre cette confrontation au centre du football français. Des Bordeaux-Marseille emblématiques, qui rappellent à tous que les deux équipes demeurent des institutions du football et évacuent les vieilles frustrations de l’un ou de l’autre, la Ligue 1 n’attend que ça.

Auteur : Pierre Foucault

Le cœur noyé dans la sueur de Mamadou Niang, c'est enivré par la douceur d'Andrea Pirlo, bercé au jeu à la nantaise et fasciné par le couloir d'Highbury que j'ai commencé à flirter avec le foot.

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