Bleus : le faux-débat des journalistes “girouettes”

25
novembre
2013

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Catégorie : Editos

Le reproche est facile mais les journalistes n'ont eu d'autres choix que de détester puis aimer nos Bleus après deux matchs tellement différents.

La colère de Pascal Praud sur I>Télé et les remarques sarcastiques de Pierre Ménès sur son blog ont amusé au soir de la déroute à Kiev. Les cris de joie et les hourra quatre jours après de ces mêmes spécialistes ont agacés les millions de Français heureux de la qualification au Brésil. Alors, les journalistes : bouc-émissaires d’un pays qui n’aime pas son équipe ou simplement des observateurs attentifs aux performances imprévisibles de nos Bleus ? 

Même dans l’euphorie, même dans la joie, la France reste ce pays de grincheux qui  ne peut s’empêcher de blâmer et jeter l’opprobre sur un coupable, avant de crier victoire. Satanée manie révolutionnaire. Le mauvais rôle revient donc à Pascal Praud, journaliste expérimenté et jamais avare de succulents coups de gueule, qui aurait eu le tort de s’emporter après le fiasco de l’Equipe de France en Ukraine. Il parle d’internationaux n’en ayant « rien à foutre », des gens qui « n’en peuvent plus » avant de leur donner un peu de crédit «Allez sur les réseaux sociaux : les gens sont déchaînés et ils ont raison !». Pour ceux qui ont suivi le (non-)match des Bleus à Kiev, comment reprocher à des journalistes de dire la triste vérité, bien qu’encore jamais dite avec autant de véhémence ? Comment peut-on fermer les yeux et taire un désamour grandissant pour cette Equipe de France dépressive et désespérante ?

Ironie de l’histoire, piqués au vif par cette bronca populaire, sans doute motivés par des médias franchouillards («dernier espoir, rassemblons-nous et croyons-y»), les Bleus ont sorti le match référence. Celui qui transcende un pays, revigore le moral et fait renaître des émotions enfouies depuis une finale de 2006. Evidemment enthousiastes après un 3-0 de toute beauté au Stade de France, les journalistes ont changé de ton et encensé une équipe qui a su se sublimer. Comme si de rien n’était, auraient pu ajouter les détracteurs. Et toute la soirée, l’ambiance de fête samba fut gâchée par des reproches sur les  « journaleux girouettes ». Sérieusement ? On va les pointer du doigt à cause de la bipolarité de notre équipe nationale ? Les blâmer pour avoir assister comme tout l’Hexagone à deux performances diamétralement opposées ? Surtout que leurs réactions n’avaient rien de scandaleux. Qui allait défendre les Bleus après le naufrage et l’incapacité à jouer en équipe dans un match couperet face à une équipe supposée plus faible ? Et qui allait faire la fine bouche et camper sur ses positions devant un tel feu d’artifice au match retour ?

C’est d’ailleurs ce qui a eu le dont d’agacer Pierre Ménès sur I>Télé après la qualif. «Ça fait des semaines que la France entière gerbe sur l‘Equipe de France et aujourd’hui ça va être la faute de Praud, Riolo (spécialiste foot sur RMC) , qui ont un peu de burnes dans un milieu où il n’y en a pas. Qu’on vienne pas nous gonfler avec ça, et qu’on parle de joie !». L’aveu d’un journaliste excédé par un pays qui a la dent dure contre les journalistes et ses Bleus, un cocktail dangereux. La déception puis la résurrection, le scénario était évidemment propice à un final époustouflant où la joie n’en serait que décuplée. L’instantanéité de l’information et l’obligation de réagir à chaud à chaque événement amène son lot de diatribes enflammées et de réactions souvent disproportionnées. Mais dans ce schéma de renaissance sportive, d’allant retrouvé, de la communion populaire et du football plaisir, l’emballement était légitime. Même après avoir descendus ces mêmes joueurs pour leur incompétence et leur manque d’engagement quelques jours plus tôt. Les grandes gueules ont juste dit tout fort ce que pensait le pays tout bas. Un crime ? Oui, lorsqu’on exige de nos journalistes un ton sérieux, mesuré et surtout cohérent. Impossible devant de tels matchs. Impossible de gérer avec discernement et diplomatie toutes ces émotions contradictoires. Les journalistes auraient juste eu le tort d’être humains. Tristesse…

Auteur : Fabien Burgaud

Fabien : motivation le journalisme sportif. Supporter du FCN et amoureux du football.

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