Bilan de 15 saisons de L1 à 20 clubs

19
mars
2018

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Catégorie : Ligue 1

Ballon football

Jusqu’à la fin de la saison 2001/2002, la Ligue 1 se jouait à 18 clubs. Le championnat comptait alors 34 journées et deux équipes étaient reléguées en fin de saison. En parallèle, deux clubs de Ligue 2 accédaient à l’élite. En revanche, le nombre de places qualificatives pour une compétition européenne n’a pas augmenté. La logique de la réforme reposait surtout sur la volonté de la Ligue de Football Professionnel (LFP) de fluidifier l’accès des clubs de L2 à la L1 afin de renforcer la compétitivité de cette dernière. Après 15 ans de Ligue 1 à 20 clubs, où en est-on ? Analyse.

Des promus instables …

L’un des arguments avancé par la LFP pour justifier le passage à 20 clubs consistait à dire qu’il offrait davantage de perspectives de promotion et de développement, aussi bien sportif qu’économique, aux clubs évoluant en Ligue 2. Seulement, lorsque l’on analyse les trajectoires des clubs promus depuis 2002, on s’aperçoit que le phénomène reste marginal.

 

Promus depuis 2002

Saison

Promus

2001/2002AC Ajaccio, Strasbourg, Nice, Le Havre
2002/2003Toulouse, Le Mans, Metz
2003/2004Saint-Etienne, Caen, Istres
2004/2005Nancy, Le Mans, Troyes
2005/2006Valenciennes, Sedan, Lorient
2006/2007Metz, Caen, Strasbourg
2007/2008Le Havre, Nantes, Grenoble
2008/2009Lens, Montpellier, Boulogne-sur-Mer
2009/2010Caen, Brest, Arles-Avignon
2010/2011Evian, AC Ajaccio, Dijon
2011/2012Bastia, Reims, Troyes
2012/2013Monaco, Nantes, Guingamp
2013/2014Metz, Lens, Caen
2014/2015Troyes, GFC Ajaccio, Angers
2015/2016Nancy, Dijon, Metz
Total de promus différents30
Clubs en L1 en cette saison12
Clubs en L1 sans nouvelle relégation depuis la première promotion5
Clubs ayant connu au moins une relégation depuis la première promotion23

  Source : LFP

Depuis 2002, 30 équipes différentes ont été promues en L1. A raison de 3 promus par saison, à l’exception de la saison 2001/2002 qui offrait 4 tickets pour l’élite, on décompte 46 places synonymes de promotion en L1 depuis 2002. En première lecture, ce chiffre donne du crédit au passage à 20 équipes en L1 puisqu’il porte à 65% les chances d’une équipe de L2 d’accéder à la L1. Des équipes comme Le Mans, Istres, Grenoble, Boulogne-sur-Mer, Arles-Avignon, Brest, Evian et plus récemment le GFC Ajaccio, Angers et Amiens ont pu accéder à la L1 pour la première fois ou bien la retrouver après de longues années de purgatoire. A première vue donc, le passage à vingt clubs de L1 a bel et bien permis « d’ouvrir » les portes de la L1.

Parmi les 30 promus depuis 2002, 12 sont en L1 cette saison. Cependant, cet indicateur ne dit rien sur la capacité d’un promu à se pérenniser en L1. Par exemple, des clubs comme Troyes, Metz, Caen, Strasbourg ou encore Dijon et Nancy ont fait le yo-yo en à plusieurs reprises entre L1 et L2 sans réussir à s’installer durablement dans l’élite. Il est alors intéressant de comptabiliser le nombre de clubs ayant réussi à se maintenir en L1 sans connaître de relégation depuis sa première promotion. Il s’agit là d’un bon indicateur de la capacité des clubs à se pérenniser en L1. Ils ne sont que 5 : Nice, Toulouse, Saint-Etienne, Monaco et Angers. Un total qui relativise sérieusement l’idée que le passage à 20 clubs a favorisé l’accession et le développement des clubs de Ligue 2.

C’est d’autant plus vrai que le profil de ces cinq clubs est particulier. Lors de sa relégation, Monaco était déjà un géant du football français comme en témoigne son palmarès. Dès lors, il n’est pas surprenant que l’ASM ait réalisé un retour probant en L1, d’autant que l’homme d’affaires russe Dmitri Rybolovlev a racheté le club et beaucoup investi pour bâtir une équipe taillée pour l’Europe. Aux côtés des monégasques, on retrouve Nice, Toulouse et Saint-Etienne qui ont tous les trois longtemps évolué en L1 avant leur relégation. En somme, il s’agit là aussi de clubs bâtis pour évoluer dans l’élite, capables de faire face à une relégation accidentelle grâce à une organisation interne et des structures solides. Reste alors Angers qui joue seulement sa seconde saison consécutive en L1 et lutte pour obtenir son maintien. Ainsi, parmi les 5 clubs pérennisés depuis 2002, 4 ont pu s’appuyer sur leur professionnalisme historique et il est encore trop tôt pour évaluer la croissance du SCO d’Angers. Voilà qui achève l’argument du développement sportif et économique des clubs de L2.

… qui ne profitent pas de la L1 pour progresser, au contraire

Bien qu’ils ne parviennent pas à s’installer durablement au sein de l’élite, les clubs promus pourraient profiter de leur passage au plus haut niveau du foot français pour prospérer. Par prospérer, on entend une progression significative du club promu lui permettant d’évoluer sportivement et financièrement. La participation à un match de coupe d’Europe des clubs promus apparaît alors comme un indicateur possible. Sur les 30 équipes promues depuis 2002, seuls 8 clubs (Toulouse, Nancy, Strasbourg, Montpellier, Guingamp, Nice, Monaco, Saint-Etienne) ont réussi à se qualifier pour une compétition européenne, soit grâce à une coupe nationale, soit grâce à un bon classement en L1. Sur ces 8 clubs, seulement 3 (Saint-Etienne, Monaco et Nice) ont pu jouer une compétition européenne lors de deux saisons consécutives. Un bilan famélique une fois rapporté aux 30 promus depuis 2002.

 

St-Etienne-Coupe-Europe

 

Pour d’autres promus, la promotion en Ligue 1 a même pris des allures de descente aux enfers. Parmi eux, on peut citer Grenoble (rétrogradé en CFA2 en 2011) et Boulogne-sur-Mer qui évoluent tous deux en National. Bien que décevante compte tenu de leur passage parmi l’élite, leur situation est plus reluisante que celles de certains de leurs homologues. Le Mans, Sedan, Istres, Arles-Avignon et Bastia ont en effet perdu leur statut professionnel. Evian a même totalement disparu de la carte du football français il y a quelques mois. Quant à Istres, Arles-Avignon et Bastia, ils évoluent au niveau régional aujourd’hui. Le Mans et Sedan redressent la barre et sont en passe de retrouver le niveau National. Bien loin du sort qui leur était promis au moment de leurs accessions en Ligue 1. Le point commun entre ces clubs ? Une situation financière qui s’est dégradée suite à la promotion parmi l’élite. Celle-ci implique une hausse conséquente du budget du club qui peine ensuite à réduire son train de vie en cas de relégation en L2.

En somme, la réforme n’a pas eu les effets escomptés. L’OGC Nice semble être le seul club à en avoir tiré profit puisqu’il s’agit de la seule équipe qui apparaît positivement dans tous nos indicateurs : après sa promotion en 2002, Nice a réussi à se maintenir en L1 sans interruption jusqu’à aujourd’hui pour ensuite se qualifier pour une coupe d’Europe lors de deux saisons consécutives. Dans une moindre mesure, Saint-Etienne a également suivi cette progression logique et linéaire, Monaco faisant figure d’exception compte tenu du rachat du club. Le passage à 20 clubs aura donc accouché d’une souris et la LFP semble en avoir conscience. En témoigne l’entrée en vigueur d’un système de barrages entre le 18ème  de L1 et le 3ème de L2 destiné à sécuriser les parcours des équipes de l’élite. Logique lorsque l’on constate les dégâts que peut causer un passage en L1. Faut-il y voir un premier pas vers un retour à un championnat à 18 clubs ?

 

Crédits photos : Nathan Rogers & PacoPhotographie

Auteur : Pierre Foucault

Le cœur noyé dans la sueur de Mamadou Niang, c'est enivré par la douceur d'Andrea Pirlo, bercé au jeu à la nantaise et fasciné par le couloir d'Highbury que j'ai commencé à flirter avec le foot.

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