Aux innocents les mains pleines?

04
juillet
2019

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Catégorie : Editos

Sepp_Blatter_&_João_Havelange

Chaque compétition de football est précédée d’une cérémonie très attendue : le tirage au sort. Littéralement il consiste en une sélection aléatoire de boules renfermant le nom des équipes ou sélections en lice. Rien de plus simple lorsque celles-ci sont tirées par une main innocente. Il ne devrait souffrir d’aucune contestation possible, et pourtant tel n’est pas toujours le cas.

La manœuvre est délicate et demande du professionnalisme, un grain de sable dans l’engrenage et toute l’intégrité du tirage est remise en cause. Que ce soit par la main de l’homme ou le truchement d’une machine, la suspicion n’est jamais bien loin. Il faut savoir que le tirage au sort intégral n’existe pas, il est dirigé de façon à maintenir le suspens jusqu’à la finale. Si bien que des têtes de séries sont désignées et ne pourront se rencontrer que tard dans la compétition. Pourront rentrer en compte également l’aspect géographique et même politique. En effet, il est préférable d’homogénéiser les groupes, pour qu’ils ne ressemblent pas à des joutes continentales, de même il sera préférable d’éviter de faire se rencontrer deux pays belligérants ou politiquement en froid.

Avant la coupe du monde 1966, les tirages se faisaient à l’écart des télévisions, dans un relatif anonymat, mais depuis ils sont mit en scène, spectacle à l’appui, c’est devenu un show. Mais à l’annonce d’une équipe phare se retrouvant dans le groupe de la mort, peut survenir l’interrogation, puis la défiance. Le tirage d’Italia 90 nous offrit un de ces moments dont Diego Maradona seul peut nous gratifier. Il accusa l’actrice Italienne Sophia Loren d’avoir utilisé une bague aimantée pour servir le destin Azzurri. Il écopera d’une forte amende pour calmer son courroux. En 2006, ce sont des journalistes Italiens qui émettent le doute sur la main innocente, incarnée par le champion du monde Allemand, Lothar Matthäus. Cette fois il y aurait eu utilisation de boules chaudes et froides pour évincer leur Squadra Azzurra. L’attitude de l’ancien capitaine de la Mannschaft tirant une sphère, la reposant pour en prendre une autre n’aidant pas à adoucir le climat. Pourtant la polémique prendra fin avec la victoire finale de l’Italie devant la France.

Le tirage au sort d’España 82 ne vit pas intervenir la main de l’homme mais d’énormes sphères à l’image de ceux du loto national, pour un résultat … catastrophique. Une erreur de manipulation au moment d’introduire les équipes d’Amérique du Sud, offrait des groupes erronés, entrainant un nouveau tirage au sort pour la Belgique notamment. Et quand l’humain n’intervient plus, c’est la technique qui rend l’âme. Une des sphère bloque une boule et l’ouvre, entrainant un ballet d’officiels essayant de dégager celle-ci, devant un parterre d’enfants goguenards. Le jeune secrétaire de la FIFA, Sepp Blatter prit la décision de terminer le tirage à la main. Il mettra fin à ce système mécanique, désormais passé aux oubliettes.

La Ligue des Champions 2013 ne calmera pas les adeptes de la théorie du complot, surtout pour le tirage des huitièmes de finales. Chaque tirage de l’UEFA fait l’objet d’une répétition la veille de la cérémonie afin d’éviter les embuches de dernière minute. La cérémonie se passa bien, trop bien même, car elle proposa un résultat en tout point identique à celui de la veille. De quoi interpeller les conspirationnistes qui n’hésitent pas à mettre en exergue la faible probabilité de voir un tirage à seize équipes, similaire d’un jour sur l’autre. Alors tricherie ou coïncidence ?

Ce ne sont pas les sorties mémorables de deux anciens dirigeants du football, qui calmeront les esprits chagrins. Sepp Blatter, tout d’abord, pense que tricher lors d’un tirage au sort est possible, mais pas à la FIFA bien entendu. Il avoue l’avoir vécu dans la confédération Européenne, sans toutefois dénoncer les fautifs et sans avoir jugé utile de s’en émouvoir publiquement avant. Michel Platini lui, admets avoir été l’instigateur d’une « petite magouille », pour s’offrir un France-Brésil en finale du Mondial 98 dont il était coorganisateur. Il disposa, avec l’aide de la FIFA, les deux pays dans les groupes A et C, de telle sorte qu’ils ne se rencontrent pas avant la finale, à condition qu’ils finissent premiers de leur groupe respectif. Là aussi, on peut se demander s’il est bien opportun de le rappeler vingt ans après, quand bien même, « les autres le faisait aussi dans les précédentes coupes du monde » dixit Platoche. Ces arrangements entre amis desservent-ils le football ou est-ce le prix à payer pour voir de grandes confrontations ?

 

Soyons pragmatique, après tout n’est-il pas préférable de penser, comme le dit le proverbe, que faute avouée est à moitié pardonnée ?

 

Crédit photo : Sepp Blatter et Joao Havelange par NL-HaNA, le 30.04.1980 sous licence creative commons

Auteur : Remuald Gaudès

Je me tiens « Au Premier Poteau » pour écrire mon amour des stades, des joueurs, des supporters et tous ceux qui servent le foot populaire.

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