ASSE: et maintenant, on s’inquiète?

08
novembre
2017

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Catégorie : Ligue 1

oscar-garcia

Alors que la France du football n’en peut plus de débattre au sujet de la célébration de Nabil Fékir sur le cinquième but lyonnais lors du derby de Dimanche dernier, le plus important pour les supporters stéphanois est ailleurs. La défaite dans le 115ème derby, bien que prévisible, ne fait qu’officialiser une impression latente depuis plusieurs semaines : l’ASSE est en danger, et les motifs d’optimisme sont rares.

45 minutes de réussies en 12 matchs de championnat

Après la 12ème journée du championnat, presque un tiers de l’exercice, les stéphanois pointent à la sixième place, un classement conforme aux attentes du début de saison, qui aurait de quoi satisfaire la plupart des supporters des Verts. Pourtant, derrière cette position honorable, les signaux sont passés au rouge un à un ces dernières semaines. En un mot, l’équipe semble être revenue au même niveau qu’au soir de la 38ème journée de la saison précédente, à la différence que le départ programmé de Galtier et la perspective de l’arrivée d’un nouveau coach suscitaient des espoirs légitimes chez les supporters des Verts. Et ce fût le cas : Garcia a remplacé Christophe Galtier, précédé d’une réputation flatteuse, et avec un discours nouveau traduisant une philosophie de jeu ambitieuse.

A l’exception notable du FC Nantes, néanmoins entrainé par un excellent entraineur d’expérience, les cinq équipes classées devant Saint-Etienne en Ligue 1, ont des effectifs largement supérieurs, tant au point de vue de la qualité que la quantité. On pourrait dès lors penser que le club est là où il doit être, et qu’il n’y a au final pas de réel problème du côté de Geoffroy-Guichard pour l’instant. Il serait inquiétant qu’un, ou des, dirigeant(s) optent pour ce point de vue. Cela signifierait qu’ils refusent de voir les dangers à court terme qu’encourent le club. Précisons que l’ASSE a eu un calendrier plutôt clément jusqu’à présent, dont elle n’a même pas su pleinement tirer parti (nul contre Rennes à domicile, défaite à Troyes en supériorité numérique, défaite contre Montpellier…), et que les prochaines semaines s’annoncent autrement plus compliquées, avec notamment des confrontations contre Bordeaux, Monaco, Marseille ou Nantes, dont on voit mal comment les hommes de Garcia pourraient en sortir vainqueur. Le contenu des prestations stéphanoises est en effet d’une pauvreté rare, et mêmes les victoires du début de saison ont été acquises « au forceps », pour ne pas dire avec beaucoup de réussite pour certaines d’entre elles. Les stéphanois n’ont en vérité vraiment bien joué qu’une mi-temps : la première de la saison, à domicile contre l’OGC Nice. Celle durant laquelle nous avons tous cru que le style Garcia avait réussi à prendre en l’espace de quelques semaines, que Dioussé serait le nouveau Kanté, et que Bamba allait exploser cette saison.

Un effectif médiocre et des recrues qui le sont inlassablement tout autant

Trois mois plus tard, on se demande encore si ces 45 minutes ont réellement existé, ou si tout le Forez avait été momentanément plongé dans une faille spatio-temporelle. La première raison de ce désenchantement qu’on ne sait pas vraiment comment combattre, tient à un problème de fond à Saint-Etienne : la qualité de l’effectif. Si Oscar Garcia a sa part de responsabilité dans la situation actuelle, et nous y reviendrons plus tard, il convient dans un premier temps de s’arrêter sur les joueurs avec lesquels on lui demande de donner un nouvel élan au club. Le technicien catalan avait d’ailleurs senti le piège dès son arrivée, en proposant aux dirigeants une liste de 30 joueurs pour guider leur recrutement estival. Aucun de ces joueurs n’a rejoint le Forez cet été. Si Saint-Etienne a trusté les places européennes ces dernières années, c’est parce qu’elle comptait des joueurs de niveau européen : Aubameyang, Zouma, Ghoulam, Guilavogui, Tremoulinas, Gradel, ou même Malcuit à qui le mauvais choix de carrière risque toutefois de coûter cher. Aujourd’hui, l’effectif, et notamment le secteur offensif, est composé de joueurs passables de Ligue 1, sans réel leader technique. Ruffier, dont on se demande combien de temps encore il restera coincé dans ce bourbier, et Perrin sont des leaders inamovibles, mais ne peuvent faire basculer un match à eux seuls. Cabella a été recruté en partie dans ce but là, mais des blessures l’empêchent de joueur régulièrement.

Il n’y a qu’à regarder le trident offensif aligné contre Lyon : Monnet-Paquet, Hamouma et Bamba. Le premier est un joueur d’une combativité exemplaire, mais les 30 buts en 297 matchs de Ligue 1 trahissent un manque d’efficacité flagrant. Hamouma affiche 40 buts en 180 matchs, des statistiques plutôt flatteuses, mais qui cachent une inconstance et une fragilité physique qui semblent s’aggraver d’année en année, comme en témoigne cet improbable claquage sur corner contre l’OL. Beaucoup de supporters plaçaient des espoirs en Bamba en début de saison, qui sortait de 6 mois très encourageants du côté d’Angers. Pour le moment, le natif d’Alfortville s’est davantage illustré par ses prétentions salariales dans le cadre de la renégociation de son contrat, que par ses prestations sur le terrain (4 buts, dont 3 sur pénalty). Et est-il bien raisonnable de donner les clés de son animation offensive à un si jeune joueur encore en phase d’apprentissage ? Söderlund rentré précipitamment à la place d’Hamouma a lui plus le profil d’un super-sub, que d’un sérial buteur. Outre Cabella, ne manquait que Diony. Acheté en 7 et 8 millions d’euros cet été, l’ancien dijonnais est une énigme pour tous les stéphanois, tant ses performances sont à mille lieux de ce qu’ils pouvaient espérer au vu de la somme investie. Les concurrents directs de Saint-Etienne ont au moins un joueur de très bon niveau, capable de tirer l’équipe vers le haut, que ce soit Malcom à Bordeaux, ou Sarr à Rennes. Il n’est pas uniquement question de moyens ici : les dirigeants stéphanois ont su débloquer les fonds pour acheter Diony, et étaient prêts à investir le même montant en fin de mercato pour faire venir Yanis Salibur. Cette dernière phrase est d’ailleurs la parfaite illustration d’un autre mal stéphanois.

Si sur le coup la déception était de mise, la non venue du Guingampais a pourtant évité à l’ASSE une énième erreur de casting, prête à miser une somme conséquente sur un joueur moyen de Ligue 1, qui ne s’est jamais réellement distingué par ses performances. Cette incapacité à savoir recruter est probablement la source des problèmes stéphanois, raison très probable pour laquelle le club a décidé de structurer une cellule de recrutement l’été dernier, dont on espère qu’elle sera rapidement efficace. Car pour l’instant, les échecs se suivent, entre joueurs moyens de Ligue 1, dans le meilleur des cas en fin de contrat, et joueurs étrangers de « petits » championnats, dont on se demande si ils ont réellement été supervisés (Lacroix, Soderlund, Jorginho…). La logique est en outre parfois compliquée à suivre : d’aucuns se demandent encore pourquoi avoir recruté Diony, alors que le club disposait déjà de Beric, un joueur au profil similaire, et sur lequel les dirigeants avaient aussi investi une somme non négligeable, aux alentours des 5M d’euros, il y’a deux ans. Ces échecs ne sont évidemment pas sans conséquence. Sur un plan sportif, c’est ce qui explique que l’effectif est aujourd’hui médiocre, les dirigeants n’ayant pas su le renouveler qualitativement. Sur un plan économique la sanction est double : non seulement ces joueurs bien payés pour leur vrai niveau sont réticents à partir si tant est qu’un club puisse s’intéresser à eux, mais les revenus issus des ventes sont par ailleurs quasiment nuls. Aubameyang, Guilavogui ou encore Zouma ont pu rapporter des sommes conséquentes au moment de leur départ, qui ont permis au club de poursuivre son développement. Aujourd’hui, aucun joueur n’a de valeur marchande importante, et les départs se font en fin de contrat, ou pour des montants dérisoires. En la matière, les clubs rejoints par les joueurs partis cet été est assez édifiantes : Strasbourg, Metz, Lorient ou encore Angers. Le club risque de payer longtemps les conséquences de cette politique de recrutement peu performante, d’autant que dans le même temps, aucune stratégie de formation des jeunes et de passerelles entre les pros et les jeunes n’est mise en place, malgré les bons résultats des équipes de jeunes.

Oscar Garcia: technicien, pas magicien

Oscar Garcia se retrouve donc à la tête d’un effectif tout juste moyen, sans réel leader technique. Il a d’ailleurs poliment indiqué avoir validé le recrutement de Diony, mais au vu du style de jeu prôné par l’ancien entraineur de Salzbourg, il est difficile de ne pas avoir de doutes sur cette affirmation. Il serait injuste de faire le procès d’Oscar Garcia quelques mois après son arrivée, en particulier au regard des éléments déjà exposés. Néanmoins, ses choix questionnent, tout autant que la sensation de ne pas voir l’équipe progresser. Personne ne s’attendait à voir les Verts jouer comme le Barça en 3 mois, ils en sont bien incapables, mais les signes d’évolution sont quasiment nuls. Les mêmes maux que sous l’ère Galtier reviennent, avec notamment cette capacité à être inoffensifs des heures durant, et la sensation que marquer un but ne peut relever que du concours de circonstances. Pis, la solidité défensive raillée par de nombreux commentateurs ces dernières années, qui constituait un des rares motifs de satisfaction, semble avoir disparue. Tactiquement, Garcia reconduit le même schéma que celui utilisé par Galtier, un 451 sans imagination, dans lequel rien ne semble se passer. Et alors que les signaux inquiétants sont nombreux et récurrents dans le contenu des matchs, il continue à reconduire ce dispositif dans lequel aucun joueur n’arrive à s’exprimer réellement. Diony par exemple, a brillé à Dijon l’année dernière lorsqu’il était associé à Tavares en pointe. Faute de joueurs talentueux, l’ASSE pourrait au moins s’en sortir avec des idées de jeu, mais de ce côté-là aussi c’est le statu quo. Troyes, Amiens ou Lorient du temps de Gourcuff arrive/arrivait à se distinguer par le contenu de leurs matchs, malgré des qualités individuelles a priori inférieures à celle de l’effectif stéphanois actuel, qui, si il est moyen, n’est pas non plus dénué de tout talent footballistique. Sur ce point Garcia déçoit pour l’instant, et il conviendra de revenir sur ce constat en fin de saison.

Au delà de ses compétences intrinsèques, un autre problème semble avoir été mis au grand jour suite au derby, bien que certains en parlaient depuis plusieurs semaines dans les couloirs de Geoffroy-Guichard. La greffe Oscar Garcia ne prendrait pas au sein de l’effectif. Il n’est plus tellement ici question des prestations en elles-mêmes, mais de l’adhésion d’un groupe à un discours. Précisons dès à présent que sur ce genre de considérations, il est toujours difficile de porter une réelle analyse vue de l’extérieur, dans la mesure où seules les personnes très proches du groupe pro sont en mesure d’avoir un vrai avis sur le sujet. Néanmoins, certains signaux posent là aussi question, et notamment des réactions publiques des joueurs. À la mi-temps du match contre Montpellier, Romain Hamouma déclare n’avoir pas compris les consignes du coach. Dimanche soir, les micros de Canal + ont capté des mots de Pogba au cours de longue interruption en fin de match, assez durs envers Oscar Garcia «je me suis échauffé deux minutes, il me fait rentrer… Sur ma tête, je pète les plombs ! ». Et une nouvelle fois, le contenu des matchs étaye la thèse selon laquelle le discours de Garcia aurait du mal à passer. Le malaise serait tel, qu’il réfléchirait à partir de lui même, lui qui a toujours déclaré qu’un entraîneur ne devait de toutes façons pas rester trop longtemps dans un même club.

Dès lors, que faire ou que penser d’Oscar Garcia ? Doit-il rester en poste ? Faut-il le limoger très rapidement, vu que de toutes manières le groupe n’adhère pas à sa fameuse méthode ? Les réponses à ces deux dernières questions sont, dans l’ordre : « oui », et « non ». Et ce pour X raisons. La première fait écho à ce qui a pu être exposé précédemment, à savoir la valeur de l’effectif stéphanois. Une grande partie d’entre eux était déjà présents l’année dernière, et avait déjà, semble-t-il, lâché Galtier dès l’élimination contre Manchester United en Europa League. Cela fait beaucoup de poussées dissidentes en quelques mois pour certains d’entre eux, signe qu’ils sont probablement l’origine du problème. Pour illustrer avec des extrêmes, et en dépassant le côté quasi absurde mais assumé de la réflexion, est-il plus raisonnable de penser que le club aurait de meilleurs résultats avec le même coach et des joueurs différents, ou avec les mêmes joueurs et un nouvel entraîneur ? Le débat existe, mais le passif d’une grande partie des joueurs de l’effectif fait nettement pencher la balance dans un sens. La deuxième raison vient appuyer ce dernier argument. En cas de départ de Garcia, qui pour le remplacer ? Il n’était qu’un second choix pour les dirigeants stéphanois, mais les solutions envisagées (Vieira, Ranieri, Puel) à l’époque sont inimaginables aujourd’hui. Et quelle pérennité pour un éventuel « choc psychologique » de l’arrivée d’un nouveau technicien ? On se rappelle de la nomination d’Antonetti au LOSC, dans un contexte similaire, qui avait réussi à décrocher une qualification européenne inespérée, mais qui n’avait pu continuer la dynamique la saison suivante. Ce qui permet d’aborder le dernier point. Vu d’où Oscar Garcia a repris l’effectif, et vers où tout le peuple stéphanois espère qu’il pourra les guider de nouveau, toute cette stratégie ne peut s’imaginer qu’à long terme, plus long que 3 mois après une prise de poste. Roland Romeyer et Bernard Caiazzo n’ont pas affiché d’objectifs en début de saison, et on se disait alors qu’ils manquaient d’ambitions, et que le club ne devait que viser la qualification européenne à l’issue de l’exercice. Et si les deux présidents avaient été dans le vrai ? Le club est à un tournant, mais différent de ceux qu’il a pu connaître récemment, dans la mesure où le foot français connaît des évolutions prépondérantes depuis quelques années. Le club a donc besoin de stabilité pour progresser, et changer d’entraîneur cette saison serait synonyme d’échec. Penser que l’arrivée d’un nouveau coach serait salvatrice pour le club est une pensée de facilité, et dont plusieurs facteurs présentés ci-dessus laissent à penser qu’elle serait fausse.

Des solutions pour une sortie de crise?

Prestations médiocres, joueurs pas au niveau, absence d’élément(s) capable(s) de faire la différence et de vraie politique de recrutement, des erreurs de casting en pagaille du côté des arrivées, un entraîneur qui semble englué dans cette médiocrité ambiante, un calendrier à venir compliqué, gronde des supporters… Ce à quoi nous pouvons ajouter la cascade ininterrompue de blessures depuis plusieurs saisons, à laquelle personne n’a l’air de prêter attention… L’horizon stéphanois est aussi bouché que celui de la plaine du Forez un matin brumeux du mois de novembre. Les sorties de crise, si elles existent, ne sont pas vraiment tangibles et relèvent presque du vain espoir. Trois peuvent toutefois être envisagées. La première, serait un changement radical de la part de Garcia dans son approche tactique, qui permettrait de tirer pleinement partie des qualités de l’effectif. Lucien Favre a su, certes temporairement, résoudre quelques problèmes en début de saison en passant en 442. Bruno Génésio a fait de Lyon, pourtant amputé de nombreux cadres cet été, une véritable équipe de contre n’hésitant pas à jouer plus bas et en laissant la balle à l’adversaire. Pourquoi serait-il illusoire de penser qu’Oscar Garcia puisse en faire de même ?

La deuxième est volontairement utopiste, presque irréelle, et repose sur l’émergence soudaine et presque inattendue d’un ou deux talents au sein du club : Bamba qui confirme les espoirs, Diony, connu pour être un joueur marchant à l’affectif et à la confiance, retrouvant son niveau de l’année dernière, ou l’arrivée d’une nouvelle génération dorée, dans la lignée de celle de Zouma, Ghoulam et Guilavogui. Enfin, la troisième est probablement davantage ancrée dans la réalité du club, et pour cause : elle est régulièrement évoquée par les dirigeants depuis plusieurs mois. Ces derniers ont en effet mandaté un cabinet pour trouver de nouveaux investisseurs pouvant être intéressés par la possibilité d’entrer dans le capital du club. Cette option pleine de pragmatisme, parait en effet incontournable au regard des évolutions récentes du monde du football, et des écarts toujours plus importants entre les clubs les plus riches, appartenant notamment à de très riches mécènes, et les autres. Nice a réussi à attirer des capitaux chinois, qui lui permettent d’avoir un effectif de qualité, ainsi que de très bons résultats depuis plusieurs saisons. Le peuple vert espère que l’ASSE pourra suivre le même chemin, encore faudrait-il que, le jour où elle disposera de moyens conséquents, la cellule de recrutement soit plus inspirée que lorsque ses membres ont pensé que Yanis Salibur aurait pu permettre au club de passer un cap.

Auteur : Raphaël Grandseigne

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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