AS Cannes, Vivier exceptionnel du football Français des années 90 (1/2)

09
juillet
2013

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Catégorie : Culture foot

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Stade Pierre de Coubertin : pour les spécialistes, ce nom a certainement une résonnance toute particulière. Et si ce n’est pas le cas, il le devrait.

En effet, pour bon nombre d’entre nous, c’est dans ce stade mythique également connu sous le nom de « la Bocca » que notre idole a effectué ses premiers pas de footballeur professionnel, un certain Zinedine Zidane. Zizou, pour ne citer que le plus grand. Car longtemps, l’antre de l’AS Cannes fut le terrain des premiers exploits de nombreux joyaux, et ainsi le lieu favori des émissaires des grands clubs Européens, en quête d’apprentis crampons capables d’accéder au très haut niveau.

De Zidane à Vieira

Dans les années 80, Jean Varraud, ancien joueur professionnel à Saint-Etienne, est nommé recruteur de l’AS Cannes. Rapidement, il met en place des filières de détection pour développer le centre de Formation des Rouge et Blanc, ce qui lui permettra de cocher le nom d’un jeune talent naissant de 14 ans, qui évolue dans un club de la banlieue de Marseille : un certain Yazid, qui n’est pas encore devenu… Zizou.  En 1987, le futur stratège des bleus débarque sur la croisette pour un essai d’une semaine. Il y restera finalement six ans.

Bien évidemment, il s’agit là du plus beau fait d’arme de l’ancien Mentor de l’AS Cannes, décédé le 24 juin 2006. Mais d’autres très bons joueurs avaient déjà emprunté ou emprunteront plus tard le même chemin que Zizou : Vieira, Micoud, Frey, Zebina, Luccin, Casoni, Jemmali, Matter, Escudé, Clichy, Faubert, Hemdani, M.Almafitano, Bauthéac pour ne citer qu’eux.

Une liste qui aurait d’ailleurs pu être bien plus longue sans la politique des grands clubs, au milieu des années 90, qui achetaient des jeunes pousses à tour de bras et les jetaient s’ils n’avaient rien prouvé au bout de deux ans, brisant sans scrupule leur ascension, voire leur carrière. Ce fut plus ou moins le cas de Mourad Meghni ou Samir Beloufa, purs produits du centre de formation Cannois, dont le talent était certainement à la hauteur des plus grands, mais dont les plus grands exploits resteront quelques buts d’anthologie sous les couleurs de Bologne pour le premier, et quelques brides de matchs sous les couleurs du Milan AC pour le second.

Triste conséquence d’un monde du football parti à la dérive depuis l’arrêt Bosman, et résultat d’une longue dégringolade de l’AS Cannes, victime de son propre succès. Pourtant, tout avait si bien commencé pour les Dragons.

87-98 : les heures de gloire

Printemps 1987, Jean Fernandez, successeur d’Arsène Wenger à la tête du groupe professionnel des Dragons un an plus tôt, est porté aux nues par les supporters Rouge et Blanc : âgé de seulement 32 ans, l’actuel entraîneur de Montpellier vient de réussir l’exploit de ramener l’AS Cannes en division 1, mettant fin à près de 40 ans de purgatoire en seconde division, juste interrompus par brève saison en élite en 1965-1966.  La croisette est en liesse, mais le plus dur commence : s’installer durablement en première division.

Les candidatures ne se bousculent pas pour renforcer un effectif que les spécialistes ont déjà condamné avant les 3 coups du championnat : seul Bruno Bellone, champion d’Europe en 1984 avec les bleus, accepte de relever le défi Cannois. Mais riches de leur vécu collectif, les hommes de Fernandez vont déjouer les pronostics et s’attribuer une honorable 12e place pour sa première saison en élite. S’en suivent 2 autres saisons terminées tranquillement dans le ventre mou de la division 1, et un événement marquant pour le football français : le 20 mai 1989, Fernandez profite d’un déplacement à Nantes pour lancer dans le grand bain un gamin qui n’a pas encore 17 ans : Zinédine Zidane. Si le Maestro devra attendre la nomination de Boro Primorac (en lieu et place de « Jeannot » Fernandez parti à Nice)  pour s’imposer au sein de l’équipe de la Croisette, il sera l’un des principaux artisans de l’inattendue 4e place des Rouge et Blanc en  90-91, synonyme de première qualification européenne de l’histoire de l’AS Cannes. Malheureusement pour les supporters des Dragons, la joie est de courte durée : au terme d’un exercice 91-92 complètement raté, leur club est relégué après une ultime défaite au stade Vélodrome lors de la dernière journée. Un premier coup de grâce pour le club de la Croisette déjà au bord du gouffre financièrement, et contraint de laisser son joyau s’envoler pour un bouchée de pain pour les Girondins de Bordeaux, après seulement 2 saisons pleines sous les couleurs de son club formateur.

Une histoire qui se répétera sans cesse et qui marquera indirectement la « mort » de l’AS Cannes. Car si le club remonte immédiatement en division 1 et s’offre une belle 6e place en 93-94 sous la houlette de Luis Fernandez promu au poste d’entraîneur, le club paye la gestion désastreuse de ses présidents-vautours et multiplie les erreurs de casting ( Abou, Daury, Vanenburg, Grassi), au détriment de ses jeunes pousses, bradés pour renflouer les caisses.

Cédé à 23 ans – toujours à la faveur Girondins de Bordeaux décidément à l’affut des bons coups à cette époque –  en 96, Johanvieira-cannes Micoud fait presque figure d’exception à la règle avec ses 4 saisons disputées sous le maillot rouge et blanc. Patrick Vieira, lui, se contentera d’à peine une saison et d’un brassard de capitaine à 19 ans pour s’ouvrir les portes du grand Milan AC. Un cas presque ordinaire comparé à ceux de Jonathan Zebina, Peter Luccin et Sébastien Frey : le premier s’envolera à 20 piges pour Cagliari après une trentaine de matchs de match en division 1, les deux autres poseront leurs valises  à Bordeaux –encore !- pour le premier et l’Inter de Milan pour le second, alors qu’ils venaient à peine de souffler leur 18 bougies et qu’ils ne comptaient même pas 25 rencontres au plus au niveau ! La frustration est énorme, comme en témoigne cette déclaration d’époque de Nasser Larguet, patron du centre de formation au milieu des années 90 : «On les brade, vu leur potentiel et leur marge de progression. Mais mon avis n’a que peu de valeur pour les dirigeants.». 

Des dirigeants qui auraient certainement mieux fait de l’écouter… Car à procéder de la sorte, les gamins du centre ne vont penser qu’à partir, plutôt que de mouiller le maillot Cannois. Et ce qui devait arriver arriva : l’AS Cannes, vidée de l’intérieur, finit par retrouver la deuxième division à l’issue de la saison 1998.

A suivre …

Auteur : Loïc Denibaud

Intervenant d'action sociale le jour, amoureux du football et du beau jeu le jour et la nuit.

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