Arbitre, le si commode coupable (3/3): haine de l’arbitre ou haine du foot ?

14
février
2018

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Catégorie : Dossiers / Dossiers APP

MHSC-OM

De la méconnaissance des règles

 

Tout au fil de ce dossier, j’ai déjà abordé la question en filigrane mais il me semble qu’il faut y revenir de manière plus profonde. L’une des causes de cette défiance voire de cette haine à l’égard des arbitres est, selon moi, liée au fait que l’extrême majorité des commentateurs, chroniqueurs et autres observateurs qui pérorent sur les plateaux télévisuels et dans les médias en général ne connaissent tout simplement pas les règles du jeu. Je l’ai écrit précédemment, le football est l’un des sports où la liberté d’interprétation pour l’arbitre est la plus grande. En partant de ce constat-là, il devient assez rapidement évident qu’un très grand nombre de ce qui est appelé « erreur d’arbitrage » par lesdits commentateurs ne sont en réalité que le fruit de divergences d’interprétation. L’exemple de la main dans la surface est à cet égard éloquent. La règle est effectivement aussi simple dans sa rédaction que complexe dans la manière de juger une main. Celle-ci affirme en effet simplement que toute main intentionnelle doit être sanctionnée sans ajouter aucune précision. Il revient donc à l’arbitre de décider du caractère intentionnel de tel ou tel main. Plutôt que de parler d’erreur d’arbitrage à chaque fois qu’un ballon est touché par une main dans la surface, certains seraient bien inspirés de simplement lire les règles du football. Ils comprendraient, je l’espère, assez vite l’ineptie de leurs propos quand ils fustigent une décision arbitrale relevant simplement d’une interprétation différente de la part du directeur du jeu.

L’on pourrait élargir à bien des sujets cette méconnaissance des règles dont l’autre des puissants symboles est assurément l’expulsion directe d’un joueur annihilant une action de but. Combien de fois, encore aujourd’hui, entendons-nous dire à la télé que tel ou tel joueur doit être expulsé car il est en position de dernier défenseur ? Cette misère de la méconnaissance des règles a sans doute trouvé son apogée cette saison lors du Montpellier-OM de la phase aller et du fameux but refusé aux Montpellierains en fin de match. Alors même que les arbitres ont pris la décision qui s’imposaient au regard des lois du jeu, nous avons eu une véritable campagne médiatique autour de cette décision transformée en erreur selon le bon gré des différents commentateurs et chroniqueurs qui semblent ne pas connaitre la règle du hors-jeu et du fait de faire action de jeu pendant que l’on est en position licite. Ce qui est le plus dérangeant n’est pas tant que certains affirment que, eux, auraient accordé le but mais bien plutôt le fait de présenter comme une erreur manifeste une décision arbitrale somme toute cohérente. Quant aux quelques véritables erreurs, leur traitement médiatique est également hautement problématique, les cas de simulation faisant ici figure de boite de Pandore. Plutôt que de fustiger l’arbitre – qui finalement est tout aussi abusé que l’équipe lésée par le simulateur – ne serait-il pas plus pertinent et cohérent de critiquer celui qui commet la simulation en même temps que d’appeler à des sanctions a posteriori très fortes contre ceux qui trichent ?

 

Haine du jeu, misère du commentaire

 

Mais finalement, il y a une logique qui se cache derrière cette volonté de taper à tout crin sur l’arbitrage et les arbitres. Cette méconnaissance des règles n’est peut-être, dans la plus cynique des hypothèses, qu’un paravent derrière lequel se cacher pour continuer à gloser sur les soi-disant erreurs des arbitres français. Dans la profusion d’émissions télévisuelles traitant du football qui ont vu le jour ces dernières années, les commentaires sur l’arbitrage prennent une place considérable. Il est en effet plus facile et confortable de grogner contre les décisions arbitrales de tel ou tel arbitre plutôt que d’analyser le match dans le fond. De l’Equipe du Soir au Canal Football Club en passant par toute une litanie d’émissions, cette haine de l’arbitrage révèle à mon sens une haine du jeu et de l’analyse tactique des matchs. Epargnant l’effort de la réflexion à des pontes médiatiques qui ne semblent pas en avoir la moindre envie, la critique de l’arbitrage permet d’éluder les choix tactiques de tel ou tel entraineur et les performances de tel ou tel joueur.

Souvent le CFC ou l’Equipe du Soir (pour citer les plus connues) s’attardent en effet bien plus sur une hypothétique erreur arbitrale que sur l’analyse d’un match – ceci s’expliquant sans doute par le fait que très peu nombreux sont les journalistes à effectivement regarder les matchs dont ils parlent – que sur une réelle analyse des matchs. Cette propension à parler de l’arbitrage plutôt que du jeu n’est malheureusement pas l’apanage de ces chroniqueurs et commentateurs mais semble être un procédé qui s’est répandu dans toutes les sphères du football. Si de tous temps les supporters parlaient d’arbitrage au bar après le match ou entre amis, les entraineurs Caliméro et autres joueurs qui feraient bien mieux de se remettre en question démontrent à chaque journée de Ligue 1 que l’arbitre est devenu le prétexte parfait pour ne pas parler de leur prestation sur le terrain. Après tout, ne faut-il pas considérer comme le fait Bielsa par exemple, que l’arbitre fait tout autant partie du jeu que les joueurs, l’entraineur, la météo ou les poteaux et que par conséquent ses décisions sont tout autant un fait de match qu’une passe, un tacle ou un déplacement de joueurs ?

Le foot amateur, principale victime

 

Le plus dramatique dans les deux grands points abordés depuis le début de cette partie est précisément que la principale victime de ce lynchage médiatique des arbitres et de ce matraquage – qui vire parfois à la propagande – de règles erronées est assurément le football amateur. Il ne s’agit évidemment pas de nier la pression constante mise sur les arbitres professionnels mais de par leur caractère absolument indispensable dans la tenue des matchs et la protection dont ils sont l’objet (j’entends ici protection physique), ils ne sont pas les principales victimes de ces campagnes calomnieuses et haineuses. Il est en effet plus que rare de voir un arbitre professionnel se faire agresser physiquement, du moins en France. Dans le football amateur, la réalité est toute autre. Chauffés à blanc par un discours anti-arbitres primaire, certains joueurs voire parents n’hésitent plus à menacer physiquement de jeunes arbitres de district.

Les observateurs et commentateurs qui crachent leur haine des arbitres à tout bout de champ auront bon jouer les Ponce-Pilate et dire qu’ils s’en lavent les mains, qu’ils n’ont jamais appelé à la violence physique contre les arbitres et qu’ils sont horrifiés de voir ce genre d’événements se produire, ils contribuent quotidiennement à jeter de l’huile sur le feu et à attiser cette haine latente en flattant les plus vils instincts des suiveurs de foot. Il n’est désormais plus rare que les arbitres amateurs se trouvent menacés voire agressés. Ce qui devrait susciter l’effroi et des réactions de mea culpa de la part de tous ceux qui à longueur de temps distillent leur haine n’est pas même relayé. Cette indifférence au sort des arbitres amateurs en même temps que la persistance d’un discours de défiance à l’égard des arbitres en général dans notre pays a toutes les chances d’avoir des conséquences absolument catastrophiques pour l’arbitrage français dans la mesure où les vocations risquent de devenir de moins en moins nombreuses et le niveau de baisser encore et encore. Les Tartuffe qui se succèdent sur les plateaux télés ou en conférence de presse et sont les premiers responsables de cette crise restent bien au chaud sans évidemment jamais se remettre en question tout en appelant les arbitres à continuellement le faire. Espérons qu’à l’avenir les choses évolueront dans un sens plus positif mais pour reprendre les mots d’IAM qui doivent énormément parler aux arbitres de France : demain, c’est loin.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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