Arbitre, le si commode coupable (2/3): le mirage technologique

13
février
2018

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Catégorie : Dossiers / Dossiers APP

©PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/A. MARCHI; NANCY LE 01/12/2004  17Eme JOURNEE DE CHAMPIONNAT DE FRANCE DE L2. Stade Marcel Picot 29 novembre 2004.
NANCY - GUEUGNON. La television et la retransmission des matchs.
(MaxPPP TagID: maxsportsworld952009.jpg) [Photo via MaxPPP]

La technologie ou le couteau

 

Comme je le disais en fin de première partie, nombreux sont ceux qui expliquent que la technologie sera la réponse à tous les maux de l’arbitrage. Je crois que cette vision est à la fois ridicule et d’un dogmatisme sans borne. Il n’y a d’ailleurs qu’à entendre la litanie d’arguments éculés que nous proposent les défenseurs inconditionnels de la technologie. « C’est le sens de l’histoire », « il faut vivre avec son temps », « ça marche dans les autres sports pourquoi pas dans le football » ou autant d’arguments qui, finalement, n’appellent même pas de réponse en cela qu’ils ne sont pas une invitation au débat mais bien plus assurément un moyen de fermer tout débat avec des arguments de comptoirs transformés en arguments d’autorité. Je crois, pour ma part, que la technologie en elle-même n’est ni la sauveuse ni la fossoyeuse du football. Il nous faut, je crois, nous tenir éloignés de ces grandes formules qui, loin d’apporter des précisions, ne font que rajouter du flou au débat tout en excluant les principaux protagonistes, c’est-à-dire les arbitres, des discussions.

La technologie n’est pas bonne ou néfaste en soi, cela est un mythe qu’il faut urgemment démonter. De la même manière qu’un couteau peut servir à sauver ou ôter une vie, la technologie peut se révéler bénéfique tout comme catastrophique pour le football. Se cacher derrière l’outil permet en réalité de ne pas aborder les visions du football qui se dissimulent à l’abri de la technologie. Parce que oui, cela en surprendra peut-être, derrière la technologie il y a des femmes et des hommes qui l’utilisent et lui donnent ses grandes orientations. Penser que la technologie résoudra tous les problèmes comme par magie est une impasse, nous y reviendrons. De la même manière, rejeter en bloc toute aide technologique à l’arbitrage sans se préoccuper des principaux concernés est d’une tartufferie sans nom. Il devient chaque jour plus impérieux d’avoir un réel débat de fond sur la technologie dans le football et non pas d’agir en brusquant et de manière autoritaire comme le fait la FIFA avec la vidéo parce que derrière la mise en place, ou non, de telle ou telle technologie et la manière dont celle-ci sera utilisée se niche en réalité une certaine vision du football.

 

Vidéo, le fiasco

La technologie a été mise en place à marche forcée ces dernières années. De la goal-line technology et ses défaillances répétées en L1 à l’arbitrage vidéo qui a aujourd’hui cours en Allemagne et en Italie et qui arrivera demain en Espagne et en France, on constate une même tendance qui est tout sauf rassurante. La réalité, c’est que la vidéo là où elle a été mise en place est un véritable fiasco. Décisions incohérentes, temps long avant d’obtenir une décision, protocole mal maitrisé, soupçons d’utilisation inéquitable, en un peu plus d’une demi-saison, l’arbitrage vidéo a démontré toutes ses failles en même temps qu’il a mis en exergue l’ineptie d’avoir imposé sans test préalable une telle révolution dans le football.

Les laudateurs de la vidéo ont bon dos de se cacher derrière le fait que ce n’est que le début et que les problèmes rencontrés seront progressivement réduits à l’avenir. En somme, ceux-ci expliquent que les problèmes rencontrés ne sont que conjoncturels et que sur le principe, l’arbitrage vidéo reste le plus à même d’apporter plus de justice dans le football. Je suis en désaccord radical avec ces personnes. Les problèmes ne sont pas tant conjoncturels que structurels et ce n’est pas le temps qui réglera lesdits problèmes. A mon sens, l’arbitrage vidéo est de la poudre aux yeux, un moyen de déporter la question de l’interprétation dans les coulisses et non plus sur le terrain. Loin de faire diminuer les polémiques, la vidéo en créera selon moi de nouvelles. Je le disais plus tôt dans ce dossier, le football est sans doute le sport où l’interprétation est la plus grande dans l’arbitrage. Dire que la vidéo permettra d’éviter cette question c’est se foutre allègrement de la gueule du monde. Prenons la question des mains dans la surface par exemple. La règle est très claire : doit être sanctionnée, toute main volontaire. Le caractère intentionnel de la main reste donc à l’appréciation de l’arbitre. L’arbitrage vidéo reste donc soumis de la même manière à l’impératif d’interprétation et les polémiques ne s’arrêteront pas. En outre, affirmer que la vidéo apportera plus de justice est une tartufferie de plus. Ponctuellement oui peut-être qu’un but qui n’aurait pas dû être validé sera refusé mais en tendance globale la vidéo apporte une fracture de l’équité. Pourquoi, en effet, s’arrêter à quelques situations et pas à toutes ? S’il y a une faute au début d’une action qui emmène à un but et qu’elle n’est pas sifflée n’est-ce pas une injustice ? Si un corner est sifflé alors qu’il y avait six mètres et que cela aboutit à un but n’est-ce pas une injustice ? L’on pourrait continuer la liste longtemps qui démontrerait que la vidéo n’apporte pas plus de justice. A moins que l’on change les règles du football pour ne plus laisser de place à l’interprétation. Mais dans ce cas-là, il ne s’agira plus de foot.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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