APP a lu … Le jour où Pelé

18
juin
2018

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Catégorie : APP a lu

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En 2018 comme en 1966 l’Algérie ne connaîtra pas la ferveur d’une participation à la Coupe du Monde. Mais après sept longues années de guerre et l’indépendance de 1962 la passion du football est auriverde entre Alger et Oran en ce mois de juin 65: le mythique Pelé et la seleçao débarquent sur le sol algérien. Algérie-Brésil, affiche de gala et reconnaissance internationale footballistique pour la jeune nation alors fer de lance du Tiers-mondisme. Quand le Che Guevara déambule dans les rues d’Alger “la Mecque des révolutionnaires”, le président Ben Bella prend le temps d’aller admirer l’astre brésilien à Oran pour ses dernières heures au pouvoir. Le temps de cette rencontre Abdelkader Djemaï nous plonge dans une parenthèse, entre les premières années de l’indépendance algérienne et le coup d’Etat du général Boumédienne qui suivra le match. Entre ombres et lumières, sur comme hors du terrain. Un match que Pelé jouera avec un bandeau blanc autour de la tête…

Algérie-Brésil. 17 juin 1965. Le protagoniste, Noureddine a 17 ans. Comme vous, il semble très bien connaître les rues de votre ville de naissance, Oran… C’est donc un un récit en partie autobiographique qui s’offre au lecteur ?

On écrit aussi avec des souvenirs qui remontent en nous et nous accompagnent tout le long de notre vie. Ils se glissent, s’insèrent dans les récits au milieu des faits, des situations, des événements vécus. Ce sont des matériaux puisés dans une histoire personnelle et, ici, dans celle de la ville où l’on est né. Ils sont au service de la fiction que l’on désire mettre en place.

Dés les premières lignes le contexte politique national, mais aussi international, est omniprésent. Cette période du début des années 60 nous plonge dans une époque durant laquelle tous les possibles semblent envisageables. Pelé à Oran s’inscrit dans cette dynamique, celle d’un rêve qui paraît inaccessible à un jeune algérien, et qui pourtant devient réalité.

Un match aussi exceptionnel que celui-là exige également de le situer dans un contexte social. C’est un texte sur les commencements de l’Algérie de l’Indépendance, celle de l’enthousiasme, de la fin de la guerre, d’une époque, certes difficile, mais pleine de promesses. Ce jour du 17 juin, le public rentre dans le stade, les joueurs, ô combien prestigieux, sur le terrain et j’ai voulu qu’on rentre aussi dans le quotidien de Noureddine et des siens. Pelé est l’événement autour duquel s’organise ce roman, il permet de donner à voir, à entendre et à comprendre.

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AFFICHE

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L’ambiance post-guerre qui se dégage des impressions du protagoniste s’avère être aussi une époque de transition, les changements de noms de rues en sont l’exemple suite à l’Indépendance. Mais les absents ne sont-ils pas néanmoins présents ?

Il y a à peine trois ans que la guerre est finie. Ses échos et ses séquelles sont toujours là. Elle est un peu comme de la peinture fraîche qui colle aux doigts mais aussi à la mémoire.

Cette promenade d’avant-match dans les rues oranaises, qui occupe une grande partie du roman, ne ressemble t-elle pas à une longue procession, à la fois physique et temporelle ?

Venus d’Alger où ils sont arrivés deux jours plus tôt, les Brésiliens ont atterri à l’aéroport d’Es-sénia d’Oran. J’avais besoin, dans le roman, qu’ils prennent le train pour arriver en fin de matinée à la gare où Noureddine les attend avec impatience. Le match, étant prévu à 21 heures, il a, dans ces moments intenses, tout le loisir de déambuler durant huit heures dans la ville qui est enfin devenue la sienne. Un temps qui lui permet, à travers ses souvenirs, la redécouverte des lieux, des salles de cinémas, des rues et des boulevards, de mieux apprivoiser cette ville longtemps européenne où les Algériens étaient souvent considérés comme des ombres ou des figurants.

Puis vient le match et cette apparition sur le terrain du numéro dix brésilien coiffé d’un bandeau blanc autour de la tête. Le roi Pelé émerveille alors l’adolescent et le public. Mais la magie ne dure que vingt minutes. Pelé sort rapidement. ..

Oui, cette histoire du bandeau blanc est vraie! C’est un élément qui me semblait plaisant d’évoquer, il suscite la stupéfaction et des supputations, les unes plus fantaisistes que les autres, chez les 60 000 spectateurs. A t-il glissé dans la salle de bain de l’Hôtel Martinez où la Selaçào séjournait ou au cours de la réception à la Préfecture ? Sa sortie, parce que, sans doute, l’ entraîneur Vicente Feola voulait le préserver pour la Coupe du monde de 66 qui devait bientôt avoir lieu à Londres, est, elle, plus sérieuse, voire dramatique pour le public soudain frustré de l’absence du roi Pelé. Noureddine, naturellement déçu, est cependant content que Garrincha , Mekhloufi et d’autres joueurs talentueux soient encore de la partie…

Noureddine vit-il son dernier rêve d’enfant, ou d’adolescent, avec cette apparition de Pelé chez lui à Oran ?

L’enfance coloniale de Noureddine a été difficile, notamment sur le plan matériel, mais il aime beaucoup le cinéma et le football . Ces deux passions l’accompagnent dans l’adolescence et voir, en chair et en os, sa grande idole, est un moment des plus importants de sa vie. Après cette apparition, il continuera, bien sûr, à rêver de devenir un bon…gardien de but.

Quelques heures après ce match le président Ahmed Ben Bella, déjà chahuté par une partie du public à la fin de la rencontre, est renversé par le coup d’Etat du colonel Boumediène. Pour le protagoniste “(…) cette vilaine histoire de coup d’Etat militaire ressemblait à un tacle par derrière (…)”, comme si Ben Bella n’était pas allé au bout de son action ?

Le football est un sport qui permet, sur le plan de l’écriture, des métaphores, des images, des raccourcis… Ben Bella est resté, à peine trois ans, à la tête d’un jeune Etat qui était confronté à de multiples problèmes, entre autres le manque de cadres et le chômage. Il n’a pas eu le temps d’aller jusqu’au bout de son match contre le sous-développement. Pour beaucoup, c’était un peu comme Pelé qui quittait le terrain après vingt minutes de jeu…

On a récemment beaucoup parlé de George Weah comme étant le premier président africain avec un passé de footballeur. Ahmed Ben Bella, l’ancien milieu de l’Olympique de Marseille, ne l’a t-il pas précédé il y a plus de 70 ans ?

Ben Bella , qui était un passionné de la politique et du football, avait porté le maillot bleu et blanc de l’OM juste avant la Seconde guerre mondiale où il participa notamment à la bataille de Monte Cassino. Il fut aussi joueur et formateur de l’équipe amateur de son village natal, Maghnia. Sans doute regrettait-il, ce 17 juin 1965, de n’avoir pas fait partie du prestigieux “Onze de l’Indépendance” crée, par le FLN, en avril 1957, et dont plusieurs éléments comme Mekhloufi, Soukhane et Oudjani jouaient, ce soir-là, contre la Seleçao.

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LE JOUR OU PELE

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Le jour où Pelé, Abdelkader Djemaï, Le Castor astral, mars 2018.

Auteur : Benjamin Laguerre

Toulousain en exil. Chroniqueur littéraire des livres sur le football.

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