Antoine Letapissier : espoirs et regard lucide d’un Genôt

16
février
2013

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Catégorie : Interview / National

Antoine Letapissier

De l’Etoile Sportive de Haute-Goulaine au Vendée Poiré sur Vie Football, en passant par le FC Nantes, Vannes ou encore l’EA Guingamp, le parcours d’Antoine Letapissier, à 21 ans, est loin d’être un long fleuve tranquille. Porté par un talent évident et par une motivation sans borne, le jeune goulainais s’est livré à APP, confiant ses souvenirs les plus marquants et ses ambitions, intactes, avec une lucidité confondante.

Chargé d’humilité, le jeune homme porte un regard objectif sur la genèse de sa carrière, conscient de son potentiel et réaliste face aux défis qui l’attendent.

APP : Bonjour Antoine, tu as 21 ans et tu possèdes déjà un beau CV, peux-tu nous parler de tes débuts ?

Antoine Le Tapissier- VannesAntoine Letapissier : « C’est vrai que c’est difficile à suivre, même pour moi parfois… En fait j’ai débuté dans le petit club de ma commune, à Haute-Goulaine, où j’ai joué jusqu’en Benjamins. Ensuite j’ai rejoint Carquefou, avant de passer deux années au Centre de Pré-Formation du FC Nantes (devenu Pôle Espoirs), situé à Saint-Sébastien sur Loire (locaux et terrains de la Ligue Atlantique). A 15 ans, je suis retourné à Carquefou, avant de rejoindre Vannes. C’était le premier «grand déplacement» de ma vie, puisque je me suis retrouvé en internat, pas excessivement loin certes, mais sans la famille et tout ça… c’était un peu compliqué au début.

Après je me suis mis à fond dans le travail, à la fois pour le foot et pour les études. Un an plus tard, seulement, j’ai pris la direction de Guingamp, là-aussi j’étais interne mais c’était vraiment pas pareil. En fait, à Vannes, les emplois du temps sont bien établis entre cours et entraînements, notamment pour les internes. A Guingamp par contre, si tu étais interne tu pouvais avoir des cours qui sautaient parce que tu avais entraînement. Je ne voulais pas sacrifier mes études juste pour le foot, même si j’étais prêt à faire des efforts… Du coup je suis resté un an, le temps de passer mon bac, et je suis reparti à Vannes ».

APP : Avec le recul, quand tu vois ton parcours de « jeune baroudeur », t’arrive-t-il d’avoir des regrets, sur le choix de telle ou telle destination ?

A. L. : «  Honnêtement jamais. J’ai eu un parcours un peu «  mouvementé » mais pas « difficile », ça a toujours été mes choix et donc je n’ai aucun regret sur ce que j’ai pu faire, au contraire, j’ai 21 ans, et je pense qu’avoir connu plusieurs clubs, plusieurs façons de travailler, c’est un plus, un avantage, c’est clair que ça m’apporte de l’expérience en tant que joueur aujourd’hui, et que ça me servira sur le long terme, vraiment je n’ai aucun regret ».

APP : Après ton départ de Guingamp, tu retournes à Vannes, le club évolue alors en Ligue 2, comment ça se passe pour toi ?

A. L. : « Le club me connaissait puisque j’y ai été formé, du coup j’ai postulé, comme tout le monde, j’ai contacté le club et ils ont été d’accord pour me prendre. Je faisais partie de l’effectif «  pro » mais moi je ne l’étais pas, je m’entraînais avec eux, c’est là que j’ai vraiment découvert le haut niveau et les déceptions qui vont avec. L’effectif pro c’était 30 joueurs, et seulement 17 ou 18 étaient convoqués pour les matchs de Ligue 2, personnellement je n’ai pas eu cette chance mais s’entraîner avec des joueurs expérimentés comme Pascal Delhommeau, Loïc Guillon, ça fait progresser et ça donne surtout envie de faire mieux ! On mesure le chemin à parcourir et on se dit parfois qu’on est pas si loin, mais que la confiance que peut nous porter le coach est vraiment relative…

APP : Du coup tu gardes un goût « amer » de ton passage à Vannes ?

A. L. : « … C’est compliqué, comme je disais j’y ai découvert le haut niveau, et même si j’ai jamais eu réellement ma chance, j’ai quand même vécu de bons moments. Je me rappelle avoir joué un match de préparation, en juillet 2011, on recevait l’OM, à la Rabine (Stade du Vannes OC). On était plusieurs « jeunes » à faire partie du groupe et on pensait sincèrement ne pas jouer. En fait à la mi-temps, Stéphane Le Mignan (entraîneur du VOC jusqu’en 2012) a fait pas mal de changement et j’ai eu le plaisir de jouer une mi-temps contre l’OM, au marquage de Benoit Cheyrou et d’Edouard Cissé. On perd le match sur un but de Morel à la 89ème mais j’étais plutôt satisfait de mon match, et les échos ont été plutôt bons ce qui est toujours encourageant.

Bon, malgré ça, c’est vrai que que j’ai joué essentiellement avec la réserve, pour ma deuxième saison on a d’ailleurs réussi une montée en CFA2, ce qui reste un grand moment pour un groupe, et une satisfaction personnelle, aussi. Pendant la saison 2011-2012, je faisais partie du groupe National, j’ai fait 10 « bancs » en National (remplaçant) mais j’ai pas joué une minute. Là c’est clair que j’ai du me poser les bonnes questions et voir avec le coach ce qu’on attendait de moi. La réponse a été claire, j’étais un joueur jeune et prometteur mais il n’avait « rien de mieux » à me proposer, j’ai donc décidé de partir ».

APP : C’est à ce moment que tu rejoins le Poiré, comment se passe la prise de contact ? Avais-tu d’autres propositions ?

A. L. : « Oui j’ai eu des propositions, Pontivy ou Les Herbiers étaient intéressés mais j’ai senti que le Poiré me voulait vraiment… En fait, l’entraîneur, Oswald Tanchot me connaissait de son passage à la Vitréenne, tout comme son futur adjoint au Poiré, Loïc Lambert, qui connaît très bien les joueurs des championnats de CFA et CFA2, de part son passé de joueur confirmé et d’entraîneur (Loïc Lambert a notamment entraîner l’équipe C du Stade Rennais de 2007 à 2012).

J’ai donc adhéré au projet du club, tout juste promu en National, en espérant m’y faire une place en équipe première. La préparation a été très bonne et j’ai tout de suite fait partie du groupe National. J’ai d’ailleurs joué quelques minutes lors du premier match de championnat contre … Vannes, c’était un joli clin d’oeil, surtout qu’on s’est imposé. J’ai très vite senti qu’il y avait quelque chose de différent, certes le défi est très proche de ce que j’ai connu à Vannes, je fais partie d’un groupe de 27 et forcément, chaque week-end il y a des déçus, mais je savais à quoi m’attendre et je travaille pour gagner la place à laquelle je peux légitimement prétendre ».

APP : Comment te sens-tu au Poiré ? Quelles sont tes sensations depuis ton arrivée ?

A. L. : « Il y a un sentiment que je n’avais pas connu ailleurs, une sorte d’émulation collective, on est constamment tirés vers le haut. Le groupe vit super bien, j’ai connu la concurrence dans mes anciens clubs, elle est légitime, mais ici elle est saine, elle incite tout le monde à donner le meilleur pour le groupe… On parle souvent de « club familial », c’est un terme qui revient beaucoup ici, et nous-même en temps que joueur on le ressent ainsi. L’autre chose vraiment importante ici, c’est qu’on ne se sent jamais mis à l’écart, un joueur en méforme ne sera pas isolé ou sorti du groupe, on est ensemble et on reste ensemble, il n’y a pas de guerre d’égos ou de chamaillerie de vestaires, c’est hyper agréable. Le tout c’est de ne pas perdre de vue les objectifs qu’on s’est fixés, collectivement et individuellement, pour ça il faut travailler, à l’entraînement et en match, et ça paye, on le voit avec la réussite du groupe National. Il y a aussi un suivi, qui est super important, chaque joueur est vraiment suivi, c’est pas juste un regard de temps en temps sur telle ou telle performance… On est pesé tous les matins par exemple, ça fait partie du jeu, on doit se gérer, on est pris en charge par les préparateurs physiques et ils nous lâchent pas, c’est vraiment agréable, on sent que l’on compte, qu’on est pas là juste « au cas où ».

Antoine Letapissier sous les couleurs du Poiré/Vie en début de saison

Antoine Letapissier sous les couleurs du Poiré/Vie en début de saison

APP : Le Poiré a surpris tout le monde cette saison, Oswald Tanchot a réussi un super boulot, c’est unanime, comment te positionnes-tu par rapport à ça, quelle relation entretiens-tu avec tes coachs ?

A. L. : « Tout d’abord, la grande différence avec Vannes, par exemple, c’est qu’ici je me sens progresser, physiquement, musculairement, dans le jeu, je me sens vraiment bien et là où je pouvais ressentir des phases de « stagnation », au VOC, je ne cesse de me sentir en progrès. Je sais que j’ai la confiance des coachs, d’Oswald, et de LoÏc (entraîneur adjoint National et entraîneur de la CFA 2), ils me font progresser et ils savent me mettre en confiance.

Quand on sent que c’est sincère, ce qui est le cas, on a vraiment envie de tout donner, et c’est ce que je fais. Je sais que j’ai encore du chemin à parcourir, mais je suis tout prêt, j’ai beaucoup donné, j’ai fait beaucoup d’efforts et je continue à en faire. J’ai aussi fait pas mal de sacrifices par le passé, si on travaille, cela paye, et j’espère que ça paiera, mais je suis confiant ».

APP : Tu es encore très jeune, comment imagines-tu la suite de ta carrière ? As-tu eu des propositions pour le futur ?

A. L. : « ( rires ) C’est clair que je suis jeune, mais bon en même temps faut pas se leurrer, le monde du foot n’est pas évident. Depuis l’âge de 13 ans ma vie c’est le foot, depuis plusieurs années je m’entraîne tous les jours et je joue tous les week-ends ! Je vis du foot c’est sur, je peux pas me plaindre, il y a pire, mais parfois les efforts à répétition font naître d’avantage d’attentes. J’en fais autant qu’un joueur pro, dans l’engagement, dans la volonté, je donne beaucoup de temps au foot, mais je ne vis pas comme un pro, et ça sur le long terme je sais que ce sera difficile à gérer. Donc ce que j’attends, ce que j’espère, clairement, c’est de signer pro.

Bien sur j’ai des rêves de grandeur de célébrité, comme tout le monde, mais c’est pas à ça que j’aspire, je suis réaliste, pour le moment, un contrat pro an National, ça me conviendrait grandement… Après, évidemment on veut toujours faire mieux, mais ça sert à rien de brûler les étapes, de partir à l’étranger pour signer pro en D4 anglaise ou en D3 belge, il faut garder les pieds sur Terre et pas se lancer dans des pistes hasardeuses. Cette année j’ai eu la chance par exemple de jouer à la MMArena du Mans (32èmes de finale de la Coupe de France, le 4 janvier dernier, victoire 2 -1 sur la pelouse du Mans). Sincèrement c’était grandiose, même si je n’ai joué que quelques minutes, en plus on a gagné.

C’est vrai que quand on se retrouve sur la pelouse de Limoges le lendemain, dans un brouillard atroce et sur un terrain dévasté, faut vite se remettre les idées en place. C’est là qu’il faut être fort et ne pas se croire arrivé. C’est clair que c’est un bon souvenir, du coup ça m’a encore plus motivé pour espérer rejouer dans ce genre de stade un jour. La suite de ma carrière ? Il y a une réalité économique que je ne peux pas occulté, et je devrai la prendre en compte si certains choix s’offrent à moi. Mais pour le moment je sais que tout le monde au club compte sur moi. Je suis dans la meilleure forme de ma « jeune » carrière, je sais que l’occasion se présentera, à moi de savoir la saisir à ce moment là.

APP : Pas de propositions concrètes pour le moment ?

A. L. : « Je suis au Poiré, et je veux jouer au Poiré, je m’y sens bien, le staff compte sur moi, mon tour viendra, pour le reste ça discute peut-être mais j’écoute pas, je sais juste que j’aurai pu partir pour Singapour… »

APP: …Singapour ?

A. L. : « Oui on a reçu une sorte « d’offre » venant de Singapour, un intermédiaire avait donné une liste de joueurs qui l’intéressaient, j’étais dessus, certains ont accepté, moi pas, voilà. Je ne pense pas que ma place soit là-bas, le challenge sportif était clairement inintéressant, et je prenais le risque de mettre ma carrière en suspens. Je préfère continuer à travailler ici, c’est moins exotique, mais au moins on parle de foot ».

Conscient de la difficulté de la situation qui est la sienne, à mi chemin ente le football amateur et le monde professionnel, qu’il ne cesse de toucher du doigt, Antoine Letapissier dégage une sérénité impressionnante, à 21 ans seulement. Prenant le recul nécessaire face à la concurrence, face aux exigences demandées par ce mode de vie, il sait les erreurs à ne pas commettre.

Fort de son expérience, il sait que rien est acquis et que rien ne lui sera offert. Les nombreux sacrifices et les efforts concédés par le passé devraient cependant lui dessiner un avenir professionnel. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Un grand merci à lui d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

Auteur : Damien Jaud

Damien, 31 ans, passionné de foot. Ex-joueur de foot. Fan d'esthétisme plutôt que de puissance. Amoureux du foot.

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