Andres Escobar, un “csc” mortel…

27
mai
2018

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Catégorie : Am. Sud

ColombievsArgentina1993

Dans la série commencée avec Luis Suarez, APP revient sur les héros maudits de la Coupe du Monde. Restons en Amérique du Sud avec Andrès Escobar, le défenseur colombien de 1994, qui, coupable d’avoir marqué un csc et causé la perte de son équipe, le paiera de sa vie…

Il est des équipes qui marquent leur époque, sans même remporter de titres, juste par une espèce d’ Aura qui se dégageait de leur jeu, un style, un caractère. Ce fut notamment le cas des Pays-Bas des années 70, le football total, les cheveux longs et un maître à jouer au numéro 14 : Johan Cruyff.

El Pibe et le “toqué”

Mais la décennie 1990 a également eu ses « oranjes », sauf que ceux-ci étaient vêtus de jaune et qu’ils arrivaient d’AmSud, juste au-dessus de l’Equateur. La Colombie aura enchanté les amateurs de football à partir de la coupe du monde italienne de 1990, jusqu’à son unique succès international, lors de la Copa America 2001, malgré des moments parfois difficiles, voire tragique pour l’un d’entre eux.

Coaché de main de maître par Francisco Maturana, initiateur du « toqué », jeu à base de passes courtes et répétées, repris plus tard par le Barça et la sélection espagnole, La Fiebre Amarilla comptait en son sein des éléments de grande qualité, qui ont même réussi hors de leur continent d’origine, à faire le bonheur de nombreux clubs européens. Ainsi, Carlos Valderrama, le plus flamboyant d’entre eux, à la chevelure de feu, une foulée étriquée et des pieds arqués, en était le maître à jouer, toujours disponible pour orienter le jeu ou apporter des solutions de passes. Les montpelliérains ne se sont pas faits prier pour apprécier le style de El Pibe entre 1988 et 1991, avec une coupe de France remportée à la clé (1990).

Avec le fantasque René Higuita dans les cages et les attaquants Freddy Rinçon ou Faustino Aprilla (ex-Parme, vainqueur de la C2 en 1993) aux avant-postes, les cafeteros ont notamment tenu tête à l’Allemagne, futur vainqueur mondial, en 1990. Bien que sortis par le Cameroun au tour suivant, Roger Milla le vétéran punissant Higuita sur une sortie ratée, les colombiens reviennent au pays, auréolés de leur style de jeu spectaculaire et offensif.

L’Argentine au fond du puits

Poursuivant sur cette lancée, les équipiers de Valderrama terminent les Copa America 91 et 93 à des places d’honneur et entament les qualifications pour le mondial 1994 en position favorable. A l’ultime journée, ils sont même leaders, devant le Brésil et l’Argentine, chez qui ils se rendent le 5 Septembre 1993. Une victoire est obligatoire pour l’albiceleste dans l’optique d’un ticket pour les USA sans barrage.

Cependant, juste avant la mi-temps, Rinçon rince les ardeurs des équipiers de Batistuta sur une échappée ponctuée d’un but, bien lancé, comme toujours, par El Pibe (1-0, 41ème). A la reprise, les argentins se lancent à l’attaque mais sont finalement punis par Asprilla, auteur d’un doublé, avant de boire le calice jusqu’à la lie, courant désespérant après un ballon monopolisé par les cafeteros, jusqu’au 5-0 final, « Ce jour-là, j’aurais voulu creuser un puits et m’y enterrer » reconnaîtra le sélectionneur Aldolfo Basile.

C’est donc avec un statut de favori potentiel que les hommes de Maturana se présentent le 18 Juin au Rose Bowl de Pasadena face aux Roumains. Las, emmenés par un George Hagi en grande forme, les futurs quarts de finaliste freinent les ardeurs de tout un peuple qui se voyait déjà au sommet.  Le match du rachat, prévu contre les hôtes américains, sera à l’origine d’un drame.

La mort subite

A la ½ heure de jeu, alors que le score est encore nul et vierge, sur un centre venu de la gauche, le solide Andrés Escobar Saldarriaga, 27 ans, 50 sélections, tente d’intercepter le ballon mais le dévie involontairement dans ses cages, trompant la vigilance de son gardien. Dévasté par ce coup du sort, celui qui était surnommé le « gentleman du football », vient, sans le savoir de causer sa perte, et pas seulement sportive, même si la défaite (1-2) sonnera la fin du parcours des « tricolor » aux Etats-unis.

1 mois plus tard en effet, le défenseur paya de sa vie son action malheureuse, appréhendé sur le parking d’un bar près de Medellin, il reçut 12 balles dans la peau, chacune ponctuée d’un « goal », crié par son auteur pour signifier le grief à l’origine du crime.

80 000 personnes l’ont accompagné en sa dernière demeure, son meurtrier étant finalement interpellé et condamné à 43 ans de prison, dont il sortira après 10 ans, pour bonne conduite…de balle ?

Auteur : Gilmon

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