Amour et haine

27
août
2017

Auteur :

Catégorie : Editos

bradley-defoe

Je pourrais commencer ce papier à l’aide d’une citation chantante parlant d’amour et de haine, mais pourquoi faire ? Nul besoin d’une citation romantique ni d’un vers poétique pour parler de ces deux sentiments ambivalents que sont l’amour et la haine. En effet, il me semble bien plus pertinent d’utiliser un mot qui représente à lui seul cette ambivalence : football.

Je serais bien tenté de commencer par le plus flagrant, mais en y réfléchissant bien, aucun de ces deux sentiments ne semble être plus évident qu’un autre à l’évocation de ce sport si controversé. Ceci étant, pour moi et pour beaucoup d’entre vous, l’amour est sans doute le mot qui nous viendra le plus vite à l’esprit et à la bouche à l’évocation du mot “football”.

Là encore je ne sais par où commencer… Combien sommes nous à frissonner à l’écoute d’un “You’ll Never Walk Alone” repris en cœur par des milliers de supporters, à vibrer au son des quelques notes qui composent l’hymne de la Ligue des Champions ? Combien de cris de joie ont réveillé nos voisins un soir de match électrique ? Beaucoup d’entre nous ont connus ces situations si particulières. Nous ? Oui nous. Nous qui passons des centaines d’heures par an à regarder ces matchs qui valent tant à nos yeux, à supporter notre équipe à en perdre la voix ou ses ongles. Toutes ces émotions, ces attitudes qui paraissent folles et démesurées à notre entourage, sont pour nous autant de preuves tangibles de cet amour qui nous traverse.

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Liverpool v Everton - Premier League

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Cette répétition du “nous” est bien loin d’être anecdotique. A l’instar d’une bande de potes, d’une famille soudée, cette utilisation du “nous” est là encore une preuve supplémentaire de cet amour qui nous lie. Plus qu’un lien abstrait ce “nous” se traduit par les multiples actes de transmissions et de solidarité qui animent le monde des supporters au delà des frontières.

Si cela vous paraît encore trop flou, je vais vous donner du concret, de l’amour brut, celui qui manque tant à ce monde abandonné aux logiques rentières et aux appétits débordants des capitalistes les plus cupides.

Récemment, les U23 du club anglais d’Everton ont lancé une campagne visant  à offrir un toit aux plus démunis de la ville de Liverpool. Depuis novembre dernier, les jeunes du club se sont mobiliser afin de récolter suffisamment d’argent pour construire une maison qui pourrait accueillir plusieurs SDF . Pour mobiliser l’opinion publique et mettre la lumière sur cette campagne, ils avaient, notamment, dormi à Goodison Park par -5°C. Ce genre de geste, aussi sublime que pur, nous permet de poser des actes concrets sur ce sentiment parfois équivoque qu’est l’amour.

Vous l’aurez compris, des arabesques de Maradona aux couplets des ultras du monde entier en passant par les actes de solidarités les plus touchants, l’amour du football à de biens nombreuses ramifications.

Toutefois, et aussi surprenant que cela puisse paraître, je considère que tout cet amour se trouve aujourd’hui assombri par une part de haine qu’il m’arrive de ressentir à l’égard des dérives qui gangrènent notre sport.

Pour évoquer cette haine, point d’envolé lyrique, point d’énumération de souvenirs communs ne seront nécessaires. Comme l’a décrit récemment Marwen, ce football que nous aimons tant est désormais aux mains d’intérêts économiques qui nous dépassent. Ce football, celui des milliards brassés, celui des bulles spéculatives, celui des agents véreux, celui des montages financiers, ce n’est plus le nôtre. Pour autant me direz vous, nous sommes les premiers à allumer notre téléviseur (ou notre streaming croate) les soirs d’affiches savoureuses.

C’est justement ce paradoxe si fort qui alimente cette haine de ce monde qui nous entraîne dans ces propres dérives. Ne nous leurrons pas, ce sont bien ces affiches prestigieuses, ces soirées de Ligue des Champions comblées de paillettes et de luxe qui représentent à merveille les dérives qui tuent à petit feu le sport que nous aimons tant.

C’est ici que le débat s’intensifie et que nos contradictions remettent en cause nos convictions les plus profondes. Sommes nous contraints à regarder ces affiches préfabriquées par des cénacles de cuistres ? Est-ce vraiment ce football que nous aimons ? Avons nous vraiment besoin de toutes ces dorures pour vivre notre passion à son niveau le plus intense ?  De quelles paillettes, la touchante histoire du petit Bradley et de son héros Jermaine Defoe, a-t-elle eu besoin pour humidifier nos joues ?

Chacun possède ses propres réponses à toutes ces interrogations. Mais tâchons de pas oublier que les plus belles émotions n’ont pas besoin de tant d’artifices. N’oublions nos parties interminables entre copains un soir d’été, n’oublions pas les sans-abris de Liverpool, n’oublions pas le petit Bradley. Ne “NOUS” oublions pas.

Auteur : Evan Risch

Marseillais d'adoption, amoureux de Bielsa et du QI foot de Valère Germain

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