Aimons la Ligue 2!

15
décembre
2017

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Catégorie : Ligue 2

FBL-L2-FEATURE

Au mieux oubliée au pire raillée, l’antichambre de la Ligue 1 vit dans l’ombre de sa grande sœur qui s’embourgeoise un peu plus chaque année, et qui tourne ses yeux pleins d’étoiles vers l’Europe et le reste de la terre qu’elle rêve de conquérir. Les ambitieux objectifs de l’élite sont ce qu’ils sont, mais pourquoi renier celle de qui nous avons été si proches pendant tant d’années ?

Si il existe un nom d’entreprise plus ridicule que celui d’un magasin de zone d’activités de ville moyenne pour sponsoriser une compétition sportive, c’est sûrement celui d’une grande enseigne de pizzas bas de gamme que l’on mange entre la dizaine de bières descendues pendant une soirée foot. Malheureusement pour la Ligue 2, elle est désormais associée à « Domino’s Pizza », faisant au passage une croix sur ses derniers signes de street cred’. Matchs le vendredi soir, mais aussi le samedi en début d’après-midi, mais aussi le lundi soir, stades à moitié plein ou quasiment vides, club évoluant dans des villes étapes du Tour de France, anonymat médiatique quasi complet… Moins sexy que la Ligue 1, ses stars et ses écrins resplendissants, mais pas aussi folklorique que le bon vieux foot amateur qui draine son lot de sympathisants, la Ligue 2 semble se situer dans une zone d’ombre footballistique.

Pourtant, cela peut valoir la peine de s’aventurer dans ces obscures horizons. La Ligue 2 tout d’abord, c’est une formidable école de la vie footballistique qui offre aux joueurs l’occasion de polir leur talent et de se former durement au contact de la rudesse des rencontres de la deuxième division. Il n’y a qu’à voir les joueurs sélectionnés récemment en équipe de France, 16 ont évolué à cette échelon : Mandanda, Costil, Areola, Koscielny, Jallet, Kurzawa, Matuidi (2 matchs, ça compte!), N’Zonzi, Thauvin, Giroud, Kanté, Sidibé, Lemar, Mendy, Gameiro et Corchia. De quoi composer un beau onze de départ. Il ne faut pas oublier que la voie « royale » suivie par les M’Bappe, Lacazette ou Kimpembe qui consiste a intégré très jeune le centre de formation d’un grand club est loin d’être l’unique chemin emprunté par les joueurs professionnels. On pourra citer pour Mahrez pour finir de convaincre les sceptiques, lui aussi passer par la Ligue 2. S’attarder sur un match de cette dernière, c’est donc avoir une chance de découvrir les talents de demain avant tout le monde, et d’avoir le plaisir de voir progresser un jeune pour qui on se sera soudainement pris d’affection.

La Ligue 2 a également cette image de division où l’on s’ennuie fermement devant des matchs dans lesquels s’opposent deux équipes maladroites, sans inspiration et sans idée de jeu. A vrai dire, comme souvent, la vérité est plus nuancée, de la même manière que la Ligue 1 ne saurait se résumer aux buts empilés par le PSG. Notons dans un premier temps que le nombre de buts par match en Ligue 2 (2,61) est proche de celui de l’élite qui s’établit à 2,64. Toutefois la part des buts inscrits dans le jeu (47%) en deuxième division est supérieure de 3 points à celle de Ligue 1 (44%). Il est d’ailleurs intéressant de noter que Troyes et Amiens, qui évoluaient en Ligue 2 l’année dernière, sont reconnus pour la qualité du jeu proposé, et les intentions de jeu affichées. Strasbourg a récemment fait tomber les parisiens avant de s’imposer 3-0 à Bordeaux, club historique de Ligue 1, avec à sa tête là aussi un entraîneur qui s’est façonné surtout en Ligue 2, notamment à Arles-Avignon (qu’il sauvera miraculeusement), au Gazelec d’Ajaccio (promu surprise en Ligue 2) et Strasbourg (nouvelle promotion, dès la première année du club en deuxième division). Parmi les techniciens actuels, peut être cité David Guion, non seulement parce que le Stade de Reims est tranquillement installé dans son fauteuil leader, mais aussi parce que son passé, et notamment le quart de finale de coupe de France atteint avec Chambéry en 2011, laisse deviner son potentiel. Mickaël Landreau montre également qu’au delà d’avoir été un très bon joueur se distinguant par sa lucidité et sa clairvoyance, il est réussit ses débuts à la tête de FC Lorient, performance loin d’être anodine quand on sait les difficultés qu’ont les clubs relégués à remonter immédiatement après leur descente.

Enfin, et même si cela peut paraître terriblement cliché, il n’en demeure pas moins vrai que regarder la Ligue 2, c’est aussi l’occasion de tomber sur de grosses ambiances et des clubs historiques. Strasbourg, Nantes, Saint-Etienne ou même le Red Star y sont passés plus ou moins récemment, tandis que le RC Lens, au grand dam de ses supporters, y végète depuis quelques années. Mais surtout, la Ligue 2 est un championnat ouvert, contrairement à sa grande sœur, et si il est vrai que cela ne se ressent pas nécessairement dans tous les stades, la perspective de montée rendue possible pour un tiers des équipes du championnat permet de vibrer jusqu’au bout de la saison. Qui ne se souvient pas du suspens de la fin de saison dernière, qui s’est démêlé à la dernière journée ?

La Ligue 2 c’est cette petite Clio 1 cabossée que l’on arrive à s’acheter après le permis : on aspire à mieux, mais on y apprend beaucoup de chose, et pour un peu que l’on y mette du sien on peut beaucoup s’amuser. Le côté « laboratoire » de la Ligue 2 est certainement ce qui fait sa force. A l’abri des dérives du foot business qui essaiment de plus en plus en Ligue 1, elle offre un cadre paisible pour se recentrer sur le football. Si la vidéo sera mise en place dans l’élite l’année prochaine, la Ligue 2 échappe à cette hérésie. Sochaux s’est par ailleurs récemment illustré dans sa capacité d’écoute des supporters, en enlevant les sièges du Kop pour faire suite à une demande du groupe d’ultras, alors qu’en Ligue 1 les incidents liés à l’absence de dialogue s’enchaînent. Alors oui, on ne voit rarement des matchs d’une qualité comparable aux plus grandes affiches européennes, mais le foot offre mille manières de prendre du plaisir, et la Ligue 2 n’est pas en reste de ce côté. Pour un peu que l’on ose franchir le pas…

Auteur : Raphaël G.

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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