AEK : La résurrection de l’aigle à deux têtes

01
septembre
2018

Auteur :

Catégorie : Europe

AEK-Joueurs

On a coutume de dire que tout va très vite dans le football, et ce, dans un sens comme dans l’autre. Qualifiés mardi soir pour la phase de poule de la la Ligue des Champions, les joueurs de l’AEK Athènes offrent au club jaune et noir un retour triomphal dans la plus belle des compétitions européennes. Cinq ans après avoir connu la descente aux enfers. Histoire d’une résurrection.

L’«Athlitikí Énosis Konstantinoupóleos», club au légendaire maillot jaune et noir fondé en 1924 est traditionnellement considéré comme le club des réfugiés grecs d’Asie mineure et du quartier de Nea Filadelfeia, banlieue résidentielle et populaire d’Athènes. Le «Dikefalos Aetos» (l’aigle à deux têtes), comme on le surnomme, troisième club historique de la capitale grecque derrière les prestigieux Olympiakos et Panathinaikos, détient à son palmarès douze titres de Champion de Grèce, ainsi que cinq Coupes de Grèce. Jusqu’en 2003, l’AEK évoluait dans son mythique Stadio Nikos Goumas à Nea Filadelfeia, pouvant accueillir 34000 spectateurs. Victime du séisme de 1999 le vieux stade fut détruit en 2003 car jugé trop vétuste, et depuis cette date l’AEK est contraint de jouer ses matchs à l’OAKA, stade olympique sans âme situé dans le quartier éloigné de Maroussi. Symbole du club, l’aigle bicéphale représente la proximité œcuménique entre les églises d’Orient et d’Occident. Il illustre la foi orthodoxe chère au peuple grec.

 

supporters-aek-athenes

En 2013-2014, l’« Enosis » (l’union) fut contraint d’évoluer pour la première fois de son histoire en troisième division à la suite d’une relégation puis d’une mise en faillite qui le conduit à l’abandon du statut professionnel. Souvenir encore plus douloureux qui ternit l’image du club, en mars 2013, le jeune espoir du club Giorgos Katidis est exclu à vie de toute sélection nationale pour avoir célébré un but par un salut nazi. C’est le début d’une lente descente aux enfers. Repris par l’un de ses anciens présidents, Dimitris Melissanidis, l’AEK sera reconstitué sous la forme d’un club amateur pour disputer la saison 2013-2014 au troisième échelon du football national. Au terme de cette saison là, terminant premier de son groupe, l’AEK obtînt sa montée en Championnat de Grèce de deuxième division pour la saison 2014-2015. Le début d’une opération reconquête qui conduisit le club au titre de Champion de Grèce en 2018, pour la première fois depuis 1994.

Supporter de l’AEK grâce à son oncle, un fidèle abonné depuis de nombreuses années résidant à Athènes, (Il lui a fait aimer le club et l’a mené au stade pour la première fois à l’age de 8-9 ans), Stéphane, CM du compte Twitter @AEK_France, témoigne :

« L’annonce de la rétrogradation a été difficile à encaisser, mais les problèmes administratifs se sont aussi traduits par des difficultés sportives puisque l’AEK a été relégué sportivement en 2012-2013, et donc on se doutait que l’AEK n’irait non pas en D2 mais aussi en D3. Pour quelqu’un qui suit le foot grec, ça fait très bizarre de voir l’un des 3 clubs historiques d’Athènes sombrer ainsi. Quand tu es supporter, ça fait mal de devoir repartir de si bas, avec des joueurs quasiment inconnus, de se rendre à l’OAKA (le stade olympique d’Athènes de 80000 places – donc jamais plein- que l’AEK occupe depuis longtemps en attendant la création de son nouveau stade) remplie par 2000 ou 3000 irréductibles supporters… Mais bon, on savait que c’était pour mieux repartir et pour retrouver la D1 avec de meilleures ambitions. »

Ainsi, dans son élan, l’AEK n’a donc pas raté la possibilité d’écrire une nouvelle page de sa riche histoire en se qualifiant ces dernières semaines en phase de poule de Champions League au détriment du Celtic Glasgow (1-1 en Ecosse et 2-1 à Athènes) et du champion de Hongrie, Videoton (1-2 en Hongrie et 1-1 au retour en Grèce). Et ce pour la première fois depuis 2006-2007. L’AEK revient de loin. Il y a cinq ans, le club débutait sa saison en D3 et devait arranger une image calamiteuse. Cinq ans, une Coupe nationale et un Championnat plus tard, voilà l’AEK qualifié pour la plus prestigieuse des compétitions européennes. Fulgurante renaissance. C’est tout simplement un vent d’air frais qui souffle sur la Grèce, l’AEK Athènes a mis fin au règne sans partage de l’Olympiakos depuis 2011, en redevenant champion de Grèce vingt-quatre ans après son dernier titre.

Une histoire de sueur, d’abnégation et de fierté. Une reconquête, que nous raconte ainsi Stéphane :

« Tout le monde (ou presque) ont été importants dans la reconquête ! D’abord les supporters, les Original 21 et tous les autres aektzides qui se rendaient à l’OAKA peu importe la situation du club. Les promotions successives en D2 puis en D1 en 2014 et en 2015 avec notre coach Traianos Dellas ont été importantes et sont des moments fondateurs de la renaissance de l’AEK. Le nouveau président Melissanidis a permis également à l’AEK de se refaire une santé financière et sportive. Puis petit à petit, le retour de l’AEK comme on l’avait toujours connu, avec les trois finales de Coupe de Grèce en 2016, 2017 et 2018 (une seule victoire en 2016), le championnat remporté la saison dernière, et une attractivité retrouvée. »

Le principal groupe d’Ultras de l’AEK est le Original 21. Bouillants irréductibles figurant parmi les plus chauds de Grèce, ils sont jumelés au Commandos Ultras 84 de l’OM depuis l’affrontement entre les deux clubs en Coupe d’Europe des Clubs Champions lors de la saison 1989-1990. Lorsqu’on lui demande ce que lui évoque cette proximité entre les supporters des deux équipes, Stéphane surenchérit :

« Et avec les Ultras du Livorno aussi ! Mais c’est vrai que l’union qui nous rapproche du CU84 est plus forte, et vraiment particulière pour moi, mais même pour les ultras de l’AEK. Tout est né d’un match qui avait opposé Marseille et l’AEK en Coupe d’Europe, ou les Ultras se sont rapprochés. Ce sont vraiment deux clubs formidables avec des supporters exceptionnels et des ambiances explosives qui se ressemblent. »

Dirigé désormais par l’entraîneur Marinos Ouzounidis, ancien entraîneur du Panathinaikos, l’AEK se veut plus ambitieux que jamais. Pour preuve, des joueurs tels que Lucas Boyé en provenance du Torino, l’ancien lillois Ezequiel Ponce, Alef, en provenance de Braga, et Giannis Gianniotas, ancien de l’Olympiakos, sont venus garnir les rangs des « Kitrinomavroi » (noirs et jaunes) cet été. Ce ne sera pas du luxe au moment d’affronter le Bayern Munich, le Benfica Lisbonne, et l’Ajax Amsterdam que le sort à désigné comme adversaires lors de la phase de poule de Ligue des Champions.

 

AEK-fumi

« C’est un tirage compliqué pour l’AEK comme prévu, concède Stéphane, mais pas le plus compliqué. Évidemment le Bayern est intouchable, mais on peut peut être arracher la troisième place à l’Ajax ou au Benfica, quand on voit que les portugais ont fait 0 pointé l’an dernier en Champions League dans un groupe très abordable. L’AEK reste l’outsider mais rien n’est impossible. »

Rien ne semble pouvoir freiner l’irrésistible ascension de l’aigle à deux têtes, qui retrouve aujourd’hui une place bien plus conforme à son statut au sein du football national et européen.

Πάμε κιτρινόμαυροι !*

Sincères remerciements à @AEK_France / Pour tout savoir sur l’AEK, joueurs, vie du club, transferts, live-tweets des matchs, n’hésitez pas à follow sa page.

 

* Pame Kitrinomavroi ! Allez les jaune et noir !

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Europe

Plus dans Europe
Puma-Football-Velasca
Le Milan A.C. et Puma s’attaquent à une œuvre

Le club lombard a récemment concrétisé un nouveau contrat avec Puma. La marque détenu par le groupe Kering est alors...

Bruce-Grobbelaar
Bruce Grobbelaar : Le mythe Red

Quintuple vainqueur de la C1, le Liverpool FC s’apprête à affronter le Real Madrid, recordman de victoires et double tenant...

Benevento
Le football Benevento-tal

Totalement inconnu en début de saison, Benevento aura marqué le foot européen cette saison et l’histoire du Calcio de par...

Fermer