À quoi joue Ventura ?

10
novembre
2017

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Catégorie : Coupe du Monde 2018

Giampiero Ventura

Ce soir vers 20h45, au moment des hymnes, le sélectionneur italien Giampiero Ventura aura très certainement la gorge nouée en pénétrant sur la pelouse de Solna. Pas tant pour l’émotion d’entendre ses joueurs entonner farouchement le “Fratelli d’Italia” que pour l’enjeu de cette double confrontation. Sa squadra, peu convaincante lors des éliminatoires doit se défaire de la Suède pour entrevoir la Coupe du Monde en Russie l’été prochain. Résolument optimiste devant ce barrage qui s’annonce pourtant très tendu, largement décrié de l’autre côté des Alpes, l’ancien coach du Torino joue gros.

Retour au 3-5-2 ?

Après l’insipide mais audacieux 4-2-4 instauré lors de la phase éliminatoire, totalement inadapté face à l’Espagne de Lopetegui notamment, il se murmure que le sélectionneur transalpin devrait revenir au 3-5-2 qui avait fait la force des azzurri lors de l’Euro 2016. C’est un fait, sous la direction de Ventura, la Nazionale peine à tenir son rang face aux grandes nations du foot mondial. On lui accordera néanmoins le mérite d’avoir cette philosophie de jeu porté vers l’offensive mais les faits sont là, l’arrabiata concoctée par Ventura n’est pas aussi piquante qu’elle devrait l’être. Devant le monument Gigi Buffon, seul rescapé avec De Rosssi du sacre mondial de 2006, la BBC (Barzagli-Bonucci-Chiellini) n’est malheureusement pas éternelle et aligner quatre éléments offensifs seulement soutenu par la paire De Rossi-Verratti ne s’est pas avéré être un franc succès. Évoluant un cran plus bas, Insigne n’est pas aussi rayonnant qu’avec le Napoli et l’équipe a bien souvent semblé coupée en deux. Le retour au 3-5-2 devrait garantir plus de liant dans le jeu, plus de densité dans l’entrejeu et un certain équilibre.

Jorginho, l’énigme

Difficile d’analyser la sélection du regista napolitain Jorginho. Le sélectionneur italien avait pourtant totalement réfuté l’idée de sélectionner l’italo-brésilien il y a peu de temps. Dès lors, comment interpréter cette soudaine convocation ? Aurait-il céder à la pression populaire ? Si le Brésil ne s’était pas récemment manifesté, on pourrait naïvement croire que Ventura a enfin pris conscience de la qualité du milieu de terrain du Napoli auquel il pourrait confier des responsabilités à la place d’un Verratti en perte de vitesse tant en Nazionale que sous le maillot parisien. La perspective de voir évoluer le millieu napolitain sous le maillot auriverde a sans doute beaucoup compté dans son choix. Indispensable au jeu des partenopei, le travail de sape de Jorginho dans l’entrejeu, son élégance, sa qualité dans la relance et sa recherche constante de verticalité pourrait donner un style à cette squadra qui en manque cruellement. Tout le monde garde en mémoire que face à l’Espagne au mois de Septembre, Verratti a été submergé par un Isco des grands soirs et l’équipe italienne s’est montrée bien incapable de ressortir proprement les ballons, offrir du répondant à la maîtrise espagnole et ainsi bousculer la hiérarchie.

Des attaquants en feu

Le retour du 3-5-2 doit permettre à Ventura d’aligner un duo d’attaque qui sera déterminant si l’Italie veut ramener un résultat de Suède. En effet, il a le choix entre Bellotti, peut-être un peu juste physiquement, Ciro Immobile, meilleur buteur de Serie A à l’heure actuelle, Simone Zaza, en plein boum cette saison du côté de Valence mais touché au genou, voire Insigne performant dans le 4-3-3 de Sarri mais qui a déjà évolué en soutien d’Immobile à l’époque de Pescara. Si il est encore difficile de dégager un duo complémentaire de cette sélection, les attaquants alignés ce soir, mieux soutenus et alimentés en ballons, auront pour mission de faire parler la poudre.

Cette Coupe du Monde en Russie revêt une grande importance pour l’avenir du football italien. Si elle ne s’est pas encore totalement affirmé en Nazionale, la jeune génération qui arrive semble être l’une des plus prometteuse du football mondial. Face à l’absence de réels “Fuoriclasse” comme pouvait l’être Roberto Baggio, Pirlo, Del Piero ou Totti par le passé, les Donnarumma, Rugani, Gagliardini, Bernardeschi et autre Bellotti auront sans doute une carte à jouer face au gratin du foot mondial cet été. Une absence de la Squadra Azzurra au mondial russe serait très dommageable à leur ascension.

Avec l’avantage non négligeable de recevoir au retour à San Siro, où plus 65000 billets ont déjà été vendus, la Squadra Azzurra doit dès ce soir faire preuve de caractère, montrer un visage plus séduisant dans le jeu et ramener un résultat de Suède. Gonflée à bloc, l’équipe scandinave sera difficile à dominer. D’ailleurs, selon Daniele De Rossi : “Le sang et les tripes ne suffiront pas. Les enjeux sont si importants que nous aurons aussi besoin de lucidité, d’organisation, de technique, d’endurance..” Imagine-t-on cette Squadra échouer aux portes du mondial ? La réponse est non. Une qualification dans la douleur perpétuerait même la tradition italienne faite de qualifications compliquées puis de phases finales souvent héroïques. Et en somme, donnerait encore une fois raison à la maxime du grand Johan Cruyff : “L’Italie, c’est une équipe qui ne peut pas vous battre, mais contre laquelle vous pouvez très bien perdre.”

Les suédois sont prévenus..

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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